Éthique
de réciprocité
L’éthique de réciprocité ou « règle d'or » est
une morale fondamentale dont le principe est
trouvé dans pratiquement toutes les grandes religions et cultures,
et qui signifie simplement : « aime ton prochain comme toi-même »
« traite les autres comme tu voudrais être traité » et au delà
« ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fût fait ».
Cette maxime a été appelée "règle d'or (Golden Rule)" pour la
première fois en 1615, par Thomas Jackson, grand théologien et prédicateur
anglican.
C'est sûrement la base essentielle pour le
concept moderne des droits de l'homme et en tous les cas rien
à voir avec la règle d’or budgétaire.
Interprétation
Cette éthique n'a aucun sens si elle est prise
sans empathie,
c'est-à-dire sans prendre en compte les besoins et les sentiments de l'autre
personne. Une autre façon d'écrire la règle serait "traite les autres
comme tu voudrais être traité si
tu étais à leur place."C'est pourquoi certains l'appellent
plutôt : éthique de réversibilité. Ce n'est donc pas une règle pour
imposer un système de pensée particulier, autrement il en résulterait des
actions non éthiques. Elle implique la tolérance et l'universalisme (une
application de cette règle à tous les hommes et pas seulement au groupe dont on
fait partie).
L'éthique de réciprocité ne doit pas être
confondue avec le principe de
non-agression "Fais
ce que tu veux tant que cela ne nuit pas aux autres" ou comme le
dirait le franc-maçon Nicolas de Chamfort "Jouis et fais jouir,
sans faire de mal ni à toi, ni à personne, voilà je crois, toute la
morale" , même si logiquement elle
obtient ce même résultat de non-violence.
Dans les religions et philosophies
Les principaux philosophes et religions de
l'histoire ont énoncé l'éthique de réciprocité de différentes manières:
· Bouddhisme : « Ne blesse pas les
autres de manière que tu trouverais toi-même blessante. » - Udana-Varga 5:18
(environ -500)
· Judaïsme : « Tu ne te vengeras
pas, ou tu ne porteras aucun grief contre les enfants de ton peuple, tu aimeras
ton prochain comme toi-même : Je suis le seigneur. » Torah, Lévitique 19:18.
(environ -1280/-650). Cette règle est ainsi présentée par Hillel (vers le
début de l'ère chrétienne, avant les enseignements de Jésus de Nazareth) :
« Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît, ne l'inflige pas à autrui.
C'est là toute la Torah, le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et
étudie. » (Talmud de Babylone, traité Shabbat 31a.),
à un homme qui lui demande de lui expliquer le sens de la Torah, « le
temps de rester debout sur un pied ».
· Hindouisme : « Ceci est la somme
du devoir; ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te
fassent. » Mahabharata (5:15:17)
(Environ -500)
· Islam : « Aucun d'entre vous ne croit vraiment tant
qu'il n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même. » Mahomet (570-632), Hadith 13 de al-Nawawi.
·
Jaïnisme : « Rien qui respire,
qui existe, qui vit, ou qui a l'essence ou le potentiel de la vie ne devrait
être détruit ou dirigé, ou subjugué, ou blessé, ou dénié son essence ou son
potentiel. Pour renforcer cette vérité, je vous pose une question : est-ce
que le désespoir ou la douleur sont quelque chose de désirable pour vous ?
Si vous répondez oui, ce serait un mensonge. Si vous répondez non, vous
exprimez la vérité.
Juste comme le désespoir et la douleur ne sont pas désirables
pour vous, il en est de même pour tout ce qui respire, ou existe, vit ou a
l'essence de la vie. Pour
vous et pour tous, ceci n'est pas désirable, et douloureux, et répugnant. »
· Taoisme : « Regarde le gain de ton voisin comme ton
propre gain, et la perte de ton voisin comme ta propre perte » T'ai Shang
Kan Ying P'ien, « Le sage n'a pas d'intérêt propre mais prend les intérêts
de son peuple comme les siens. Il est bon avec le bon ; il est également
bon avec le méchant, car la vertu est bonne. Il est croyant avec le
croyant ; il est aussi croyant avec l'incroyant, car la vertu est
croyante. Dao De Jing (environ 600 av. J.-C), Chapitre 49.
· Zoroastrisme : « La nature est
bonne seulement quand elle ne fait pas aux autres quoi que ce soit qui n'est
pas bon pour soi-même. » - Dadistan-i-Dinik 94:5 (environ -700).
L'Histoire
de la règle d'or.
Il n'y a pas d'origine ou de filiation entre ses
différentes attestations. Elle apparaît dans toutes les cultures et religions
autour du V° siècle avant J.C. Elle connaîtra un développement important dans
le Christianisme: Origène donne cette maxime comme expression de la loi
naturelle, ce qui sera repris par tous les Pères de l'Église, particulièrement
Jean Chrysostome ou Augustin d'Hippone. Luther, suivi en cela par tous les
grands réformateurs, reprendra cette doctrine. On peut penser que c'est ce qui
explique le succès de cette "Golden Rule" au 17° siècle anglais où
l'on trouvera un premier ouvrage consacré entièrement à cette maxime sous la
plume de Benjamin Camfield (1671). La règle d'or sera utilisée comme un slogan
anti-esclavagiste part les Quakers, lorsqu'ils découvrent le sort des noirs en Amérique.
Cela explique peut-être le succès de la règle d'or aux États Unis où elle donne
lieu à une abondante littérature, y compris dans le domaine du management
(Arthur Nash, J.C.Penney) et même de la politique, dans le grand discours de
J.Kennedy contre la ségrégation raciale(1963) ou dans les discours de B.Obama
au Caire (juin 2009) ou à Oslo (décembre 2009).
Les
différentes formes de la règle d'or
C'est un philosophe allemand, Hans
Reiner(1896-1991), qui a proposé de distinguer différentes formulation de la
règle d'or: Il distingue la règle d'empathie qui part de nos désirs ou de nos
craintes : ce que tu redoutes ne le fais pas à autrui; ce que tu désires
qu'il te soit fait, fais-le toi-même pour les autres. Et d'autre part la règle
d'équité qui part de nos jugements de valeur: ce que tu reproches à autrui, ne
le fais pas toi-même; comme tu juges qu'autrui devrait agir à ton égard, agis
toi-même vis-à-vis de lui.
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