jeudi 10 mai 2012

La règle d'or



Pour illustrer la vidéo de Marcel Conche dans laquelle il parle des fondements de la morale, un article repris in extenso de Wikipédia sur la Régle d'or. 

Pour Marcel Conche, " Nos devoirs moraux sont très peu de choses finalement. Il ne faut pas faire de mal de manière injuste à autrui, il faut respecter la personne d'autrui, il faut aimer son prochain comme soi même, mais une fois que vous avez satisfait ces devoirs inconditionnels, eh bien après vous faites de votre vie ce que ce que vous voulez".

Pour ceux qui veulent creuser le sujet faites comme-moi commandez le livre d'Olivier Du Roy paru en janvier 2012 aux éditions du Cerf.



Éthique de réciprocité

L’éthique de réciprocité ou « règle d'or » est une morale fondamentale dont le principe est trouvé dans pratiquement toutes les grandes religions et cultures, et qui signifie simplement : « aime ton prochain comme toi-même » « traite les autres comme tu voudrais être traité » et au delà « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fût fait ». Cette maxime a été appelée "règle d'or (Golden Rule)" pour la première fois en 1615, par Thomas Jackson, grand théologien et prédicateur anglican.
C'est sûrement la base essentielle pour le concept moderne des droits de l'homme et en tous les cas rien à voir avec la règle d’or budgétaire.

Interprétation

Cette éthique n'a aucun sens si elle est prise sans empathie, c'est-à-dire sans prendre en compte les besoins et les sentiments de l'autre personne. Une autre façon d'écrire la règle serait "traite les autres comme tu voudrais être traité si tu étais à leur place."C'est pourquoi certains l'appellent plutôt : éthique de réversibilité. Ce n'est donc pas une règle pour imposer un système de pensée particulier, autrement il en résulterait des actions non éthiques. Elle implique la tolérance et l'universalisme (une application de cette règle à tous les hommes et pas seulement au groupe dont on fait partie).
L'éthique de réciprocité ne doit pas être confondue avec le principe de non-agression "Fais ce que tu veux tant que cela ne nuit pas aux autres" ou comme le dirait le franc-maçon Nicolas de Chamfort "Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi, ni à personne, voilà je crois, toute la morale" , même si logiquement elle obtient ce même résultat de non-violence.
L'éthique de réciprocité s'oppose à la vengeance ou loi du talion ("Fais aux autres ce qu'ils t'ont fait").

 

Dans les religions et philosophies

Les principaux philosophes et religions de l'histoire ont énoncé l'éthique de réciprocité de différentes manières:
·       Bouddhisme : « Ne blesse pas les autres de manière que tu trouverais toi-même blessante. » - Udana-Varga 5:18 (environ -500)
·      Judaïsme : « Tu ne te vengeras pas, ou tu ne porteras aucun grief contre les enfants de ton peuple, tu aimeras ton prochain comme toi-même : Je suis le seigneur. » Torah, Lévitique 19:18. (environ -1280/-650). Cette règle est ainsi présentée par Hillel (vers le début de l'ère chrétienne, avant les enseignements de Jésus de Nazareth) : « Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît, ne l'inflige pas à autrui. C'est là toute la Torah, le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et étudie. » (Talmud de Babylone, traité Shabbat 31a.), à un homme qui lui demande de lui expliquer le sens de la Torah, « le temps de rester debout sur un pied ».
·        Christianisme : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Jésus de Nazareth (environ -5/32) (Mt 22. 36-40), « Toutes les choses donc que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur, vous aussi, de même ; car c’est là la loi et les prophètes. » Jésus de Nazareth (Mt 7. 12), et aussi Matthieu 22:39, Luc 6:31, Luc 10:27.
·       Confucianisme : « Ce que tu ne souhaites pas pour toi, ne l'étends pas aux autres. » - Confucius (environ -551 - -479)
·        Hindouisme : « Ceci est la somme du devoir; ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent. » Mahabharata (5:15:17) (Environ -500)
·       Islam : « Aucun d'entre vous ne croit vraiment tant qu'il n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même. » Mahomet (570-632), Hadith 13 de al-Nawawi.
·         Jaïnisme : « Rien qui respire, qui existe, qui vit, ou qui a l'essence ou le potentiel de la vie ne devrait être détruit ou dirigé, ou subjugué, ou blessé, ou dénié son essence ou son potentiel. Pour renforcer cette vérité, je vous pose une question : est-ce que le désespoir ou la douleur sont quelque chose de désirable pour vous ? Si vous répondez oui, ce serait un mensonge. Si vous répondez non, vous exprimez la vérité. Juste comme le désespoir et la douleur ne sont pas désirables pour vous, il en est de même pour tout ce qui respire, ou existe, vit ou a l'essence de la vie. Pour vous et pour tous, ceci n'est pas désirable, et douloureux, et répugnant. »
·      Taoisme : « Regarde le gain de ton voisin comme ton propre gain, et la perte de ton voisin comme ta propre perte » T'ai Shang Kan Ying P'ien, « Le sage n'a pas d'intérêt propre mais prend les intérêts de son peuple comme les siens. Il est bon avec le bon ; il est également bon avec le méchant, car la vertu est bonne. Il est croyant avec le croyant ; il est aussi croyant avec l'incroyant, car la vertu est croyante.  Dao De Jing (environ 600 av. J.-C), Chapitre 49.
·       Zoroastrisme : « La nature est bonne seulement quand elle ne fait pas aux autres quoi que ce soit qui n'est pas bon pour soi-même. » - Dadistan-i-Dinik 94:5 (environ -700).

 

L'Histoire de la règle d'or.

Il n'y a pas d'origine ou de filiation entre ses différentes attestations. Elle apparaît dans toutes les cultures et religions autour du V° siècle avant J.C. Elle connaîtra un développement important dans le Christianisme: Origène donne cette maxime comme expression de la loi naturelle, ce qui sera repris par tous les Pères de l'Église, particulièrement Jean Chrysostome ou Augustin d'Hippone. Luther, suivi en cela par tous les grands réformateurs, reprendra cette doctrine. On peut penser que c'est ce qui explique le succès de cette "Golden Rule" au 17° siècle anglais où l'on trouvera un premier ouvrage consacré entièrement à cette maxime sous la plume de Benjamin Camfield (1671). La règle d'or sera utilisée comme un slogan anti-esclavagiste part les Quakers, lorsqu'ils découvrent le sort des noirs en Amérique. Cela explique peut-être le succès de la règle d'or aux États Unis où elle donne lieu à une abondante littérature, y compris dans le domaine du management (Arthur Nash, J.C.Penney) et même de la politique, dans le grand discours de J.Kennedy contre la ségrégation raciale(1963) ou dans les discours de B.Obama au Caire (juin 2009) ou à Oslo (décembre 2009).

Les différentes formes de la règle d'or

C'est un philosophe allemand, Hans Reiner(1896-1991), qui a proposé de distinguer différentes formulation de la règle d'or: Il distingue la règle d'empathie qui part de nos désirs ou de nos craintes : ce que tu redoutes ne le fais pas à autrui; ce que tu désires qu'il te soit fait, fais-le toi-même pour les autres. Et d'autre part la règle d'équité qui part de nos jugements de valeur: ce que tu reproches à autrui, ne le fais pas toi-même; comme tu juges qu'autrui devrait agir à ton égard, agis toi-même vis-à-vis de lui.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire