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samedi 10 mai 2014

Bernard Dimey ✩ Le Bestiaire de Paris 1974


Bernard dimey au gerpil


Bernard Dimay - Quarante ans


Pour tous ceux qui ont eu quarante ans, un magnifique texte de Bernard Dimey

Quarante ans, quarante ans, mais c'est le bout du monde !
Je me suis dit cela, c'était à peine hier,
Et voilà qu'aujourd'hui c'est question de secondes...
Quarante ans, pas déjà... Sinon à quoi ça sert
D'avoir eu dix-huit ans, des cerises à l'oreille
Et des fleurs aux cheveux, d'avoir tout espéré ?
L'amour à lui tout seul était une merveille,
Et puis le temps passait, dont je n'ai rien gardé.

Quarante ans, quarante ans, c'est presque ridicule...
Je n'ai rien fait du tout, sinon quelques erreurs.
L'innocent que j'étais, je le vois qui recule.
Il peut bien s'en aller, je le connais par coeur,
Je le connais déjà depuis quarante années,
De face et de profil, en noir et en couleur,
Et ses anges gardiens, et ses âmes damnées,
Je sais ce qui l'enchante et qui lui fait peur...

Quarante ans, quarante ans, non ce n'est pas possible,
Pas aujourd'hui, demain, une semaine ou deux...
Hier on me traitait encore d'enfant terrible !
Comment aurais-je fait pour être déjà vieux ?
Quarante ans, oui, déjà... C'est beaucoup pour mon âge.
Pauvre petit jeune homme, on a des cheveux gris,
On est un peu morose, on va devenir sage,
On n'a pas fait grand chose et l'on n'a rien compris...

quarante ans passés, la jeunesse commence,
Je vais me répéter ces mots-là tous les jours,
Je vais déambuler en pleine adolescence,
Perdre mes illusions, réinventer l'amour...
Quarante ans, quarante ans, c'est l'âge du bonheur,
Pour l'homme que je suis, c'est l'âge des victoires,
Et j'ai tout ce qu'il faut pour faire un beau vainqueur,
Mais... déjà quarante ans, je n'ose pas y croire.

JeHaN - Bernard Dimey & Charles Aznavour "Le cul de ma soeur"



Le cul de ma sœur
Bernard DIMEY
Recueil : "Poèmes voyous"

Ma sœur avait un cul quasiment historique
mêm’ les vieux du quartier n’avaient jamais vu mieux
il était insolent, il était poétique
et le plus fort de tout c’est qu’il faisait sérieux
On venait de très loin voir cette pièce unique
Histoire de dir’ plus tard qu’on s’en était servi
Un cul beau comme un Dieu, glorieux et magnifique
tous ceux qui l’avaient vu s’en retournaient ravis

Avec un cul comm’ ça, si tu fais pas fortune
ou bien ce s’ra la flemme ou bien ce s’ra qu’t’es con !
va-t-en un peu l’offrir un peu le soir au clair de lune
et tu verras ma sœur si c’est moi qu’ai raison.

Il est bien évident qu’une telle merveille
ne peut pas être vu par le premier venu
ma sœur montrait son cul à ceux qu’avaient d’l’oseille
Et l’on payait d’avance, en or bien entendu
Grâce à lui le quartier redevint touristique
retrouva d’un seul coup, tout’sa prospérité
ma sœur battait de loin les courtisanes antiques
c’est elle qui rendit son faste à la cité

Ma mère savait r’cevoir le client, ça faut dire !
Ell’faisait patienter au p’tit salon du bas,
le p’tit clin d’oeil en coin, toujours le mot pour rire
Ah ça, mon bon monsieur, vous ne l’regrett’rez pas
c’est un cadeau du ciel, un’ fill’ comm’ ça, j’vous jure
adorant son travail et modeste avant tout
avec un d’ces pétards bon pour tout’ les pointures
un cul mon bon monsieur comme y en n’a pas beaucoup !

Syracuse : paroles de Bernard Dimey / Musique d’Henri Salvador


SYRACUSE
(paroles de Bernard Dimey / Musique d’Henri Salvador)

J’aimerais tant voir Syracuse
L’île de Pâques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s’amusent
A glisser l’aile sous le vent

Voir les jardins de Babylone
Et le palais du Grand Lama
Rêver des amants de Vérone
Au sommet du Fuji Yama

Voir le pays du matin calme
Aller pêcher le cormoran
Et m’enivrer de vin de palme
En écoutant chanter le vent

Avant que ma jeunesse s’use
Et que mes printemps soient partis
J’aimerais tant voir Syracuse
Pour m’en souvenir à Paris

Avouez qu’il faut quand même avoir pas mal picolé pour écrire un texte pareil, non ? Bernard Dimey est mort la même année que Brassens, en 1981, quelques mois seulement avant Georges. Dimey aura donc connu le Dix mai. Désolé ! Pas pu m’empêcher…

Bernard Dimey a aussi écrit pour d’autres grands noms de la chanson. « Mon truc en plume » pour Zizi Jeanmaire. « Si tu me payes un verre« , « Les seigneurs » pour Serge Reggiani. « Fredo« , « Le quartier des Halles » pour Les Frères Jacques. Pour Mouloudji : « Un soir au Gerpil« . Pour Catherine Sauvage : « J’ai tout vu« . Et d’autres encore pour Yves Montand, Charles Aznavour, Patachou, Juliette Gréco, Jean-Claude Pascal. Et, on l'a dit, pour Salvador : Syracuse, et d'autres comme "La crucifixion".

« Mettre sa nuit en lumière »

Pour Bernard Dimey, la poésie c’est « mettre sa nuit en lumière ». Cette belle métaphore de Jean Cocteau, il la reprend à son compte dans les poèmes du « Milieu de la nuit » (Editions Christian Pirot 2002).

Le petit Bernard fut élevé à Nogent avant de s’installer comme peintre sous le nom de Zelter à Montmartre. De bistrot en bistrot, il écrit des chansons, et des poèmes qui ressemblent furieusement à des chansons. Il fréquente poivrots, putes, truands, artistes, tout cela dans l’ordre que vous voudrez. Il écrit aussi pour le cinéma.

Ecoutez encore !

"Ivrogne et pourquoi pas"

"Quand on a rien à dire"

"Je ne dirai pas tout"

"Sortilèges"

"Les enfants de Louxor"

Les Vieillards - Bernard Dimay


Les Vieillards - Bernard Dimay

Les vieillards c’est pas beau, ça fout rien, ça fait d’l’ombre,
Qu’on les fout’ n’importe où c’est moche et ça encombre,
Les faire bosser macach’, c’est immoral comme tout,
Ça vous f’rait mal juger, montrer du doigt partout.

Alors on garde ça, juste un p’tit peu d’patience,
On les coll’ dans un coin où ça s’remarque pas,
C’est sage et ça dit rien, on sait pas c’que ça pense,
L’ plus triste c’est qu’ça bouffe et qu’ ça n’rapporte pas.

Quand j’rassembl’ les souv’nirs que j’ai de ma grand-mère,
Pauv’ femm’ qui finissait ses jours en déconnant,
Je m’rappell’ c’que ma mèr’ lui braillait si souvent :
« Tu n ’sais plus fair’ qu’un’ chos’, ramasser la poussière ! »

La viocqu’ répondait rien, ell’ rigolait tout’ seule
En mordillant ses ch’veux qu’ell’ ram’nait par devant,
Et mon pèr’ bougonnait, songeur en la r’gardant :
« Non content’ de m’fair’chier, faut qu’ell’ s’fout’ de ma gueule. »

Et plus qu’ils sont toquards, plus qu’ils ont la vie dure,
En buter quelques-uns, pas question, y a des lois.
J’ai essayé un jour d’en s’mer un dans un bois,
Peau d’balle, essayez donc, ils vous r’vienn’nt en voiture !

Bernard Dimay - La crucifixion



Henri Salvador récite un texte de Bernard Dimay sur la crucifixion :

Bernard Dimay : Le regret des bordels

« Un tragique qui ne se prenait pas au sérieux », ainsi le qualifiait Mouloudji. Né en 1931, dans la Haute-Marne, Bernard Dimey a débarqué à Paris du côté de la Butte Montmartre dans les années cinquante . Ses poèmes, ses chansons, ont alors conquis des interprètes comme Montand, Aznavour, Gréco. Il est l’auteur de « Syracuse » immortalisée par Henri Salvador ou du célèbre « Mon truc en plume » chantée par Zizi Jeanmaire. Mais Serge Reggiani, Patachou, Les Frères Jacques, Mouloudji ont aussi incarné sa poésie.

jeudi 3 mai 2012

Bernard Dimay - Quand on a rien à dire



Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,
Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,
Parler parler parler... pour que l’air se déplace,
Pour montrer qu’on sait vivre et qu’on a des façons,
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,
Pour fair’ croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.
Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme
Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,
Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame,
Qui découche à tout va, qu’a sûrement des amants.
On parle du Bon Dieu, on parle de la France
Ou du Vittel-cassis qui vaut pas çui d’avant,
On pense rien du tout on dit pas tout c’ qu’on pense.
Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.
Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique
De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,
Du Pape et du tiercé, des anti-alcooliques,
Du cancer des fumeurs et des machines à sous,
Des soldats des curés, d’la musiqu’ militaire,
De la soupe à l’oignon, de l’îl’ de la Cité.
Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire
On arrive au sommet de l’imbécilité.

Bernard Dimay - Monsieur le Duc




Dans un cercueil en bois des îles
Monsieur le Duc a pris congé
Des quelques trois cents imbéciles
Qu’il appelait « mes bons sujets ».
Mourir n’est pas toujours facile,
Monsieur le Duc fit ça très bien,
Sans grandiloquence inutile,
Entre ses piqueurs et ses chiens.
N’aimant que la chasse et les filles,
Certain de partir sans péché,
Il confessa trois peccadilles
Pour ne pas froisser son clergé.
Ensuite, allant vite en besogne
Il déshérita ses neveux,
Sourit aux forêts de Sologne.
Un valet lui ferma les yeux.
Alors tous ces mangeurs de terre,
Ceux qui s’échinent sans arrêt,
Des bientôt conscrits aux grands-pères,
Se sentir’nt tout désemparés.
Le fléau de leur existence
Venant enfin de les quitter,
Ils eur’nt des mots de circonstances
D’une grande imbécillité.
Les métayers durs à l’ouvrage
Que le Duc égorgeait à blanc,
Toutes les fill’s du voisinage
Auxquelles il faisait des enfants...
La vieille qui lavait son linge,
Le valet qui soignait ses chiens,
Ceux qu’il payait en monnaie d’singe
Venaient en dire un peu de bien,
Qu’il fût une ignoble canaille
Pour qui rien n’eut jamais de prix,
Un être sans coeur ni entrailles,
Leur était sorti de l’esprit.
On vint apporter par brassées
Les plus belles fleurs des jardins.
Ce fut une belle journée
Mais lourde d’un bien gros chagrin...
Dans un cercueil en bois des îles
Monsieur le Duc a pris congé
Des quelques trois cents imbéciles
Qu’il appelait « mes bons sujets ».

Bernard Dimay - Ivrogne et pourquoi pas ?
















Ivrogne, c’est un mot qui nous vient de province
Et qui ne veut rien dire à Tulle ou Châteauroux,
Mais au coeur de Paris je connais quelques princes
Qui sont selon les heures, archange ou loup-garou
L’ivresse n’est jamais qu’un bonheur de rencontre,
Ça dure une heure ou deux, ça vaut ce que ça vaut,
Qu’il soit minuit passé ou cinq heure à ma montre,
Je ne sais plus monter que sur mes grands chevaux.

Ivrogne, ça veut dire un peu de ma jeunesse,
Un peu de mes trente ans pour une île aux trésors,
Et c’est entre Pigalle et la rue des Abesses
Que je ressuscitais quand j’étais ivre-mort...
J’avais dans le regard des feux inexplicables
Et je disais des mots cent fois plus grands que moi,
Je pouvais bien finir ma soirée sous la table,
Ce naufrage, après tout, ne concernait que moi.

Ivrogne, c’est un mot que ni les dictionnaires
Ni les intellectuels, ni les gens du gratin
Ne comprendront jamais... C’est un mot de misère
Qui ressemble à de l’or à cinq heure du matin.
Ivrogne... et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire,
Ceux qui ne boivent pas, qui baisent par hasard,
Qui sont moches en troupeau et qui n’ont rien à dire.
Venez boire avec moi... On s’ennuiera plus tard.

Extrait du recueil "Je ne dirai pas tout"

Bernard Dimey - Le regret des bordels



Bernard Dimey est né, un 16 juillet en 1931, à Nogent dans la Haute-Marne.

Il s’installe à 25 ans à Paris, sur la Butte Montmartre qu’il ne quittera plus. Il y fréquente les bistrots et les bordels y rencontre des poivrots, des putes, des truands, des artistes. Et il commence à écrire ses poèmes, les déclamant dans ses repaires.

Alcoolo assumé et anarchiste patenté, il propose ses chansons à droite à gauche. Ses clients seront Yves Montand, Charles Aznavour, Serge Reggiani, Henri Salvador, Patachou, Juliette Gréco, Les Frères Jacques...
Tout le monde connaît “Mon truc en plume” que chantait Zizi Jeanmaire, “Syracuse" par Henri Salvador... Mais écoutez aussi les Frères Jacques chanter "Frédo”, “Le quartier des Halles”, Mouloudji chanter “Une soirée au Gerpil”, Reggiani chanter “Si tu me payes un verre”, “Les seigneurs”...
Finalement il a pris congé de nous et bu sa dernière tournée le 1er juillet 1981, à 50 ans...

Bernard Dimey était un « être démesuré » qui se demandait pourquoi il vivait souvent avec les « nains ».

L'appétit de vie de cet ogre chaleureux qui brûla la chandelle par les deux bouts ne saurait cacher son mal de vivre et la menace obsédante de la mort qui pesait sur lui. Pour Bernard Dimey, la poésie c'est « mettre sa nuit en lumière ».


Un florilège de ses poèmes déclamés par lui :

1. Le regret des bordels




La conn’rie qu’on a faite en verrouillant les claques,
en balançant du coup tout’s les souris dehors !
Ça méritait d’autor un’ volée d’pair’s de claques,
mais, comm’ disait papa, tous les cons sont pas morts,
Voilà des pauv’s gamines qui vivaient en famille,
qui r’cevaient vaill’ que vaille un peu d’éducation
et qui sont désormais sans soutien, les pauv’s filles.
La conn’rie qu’on a faite en fermant les boxons !

Mon père, il s’en payait de la lanterne rouge,
il y cassait sa s’maine et tous les sam’dis soirs
ma pauv’mère le cherchait tout’ la nuit dans les bouges ;
lui ronflait au bordel, toujours complèt’ment noir.
Les putains le bordaient, lui faisaient des papouilles,
soit des trucs inédits, soit des spécialités.
Moi j’osais pas y aller, j’avais bien trop la trouille,
et quand l’courage m’est v’nu, ils étaient supprimés.

La conn’rie qu’on a faite en fermant les bordels,
en obligeant l’brav’ monde à baiser n’importe où !
Ma tante en avait un, je n’parle pas pour elle,
vu qu’la vache en claquant m’a rien laissé du tout,
mais vraiment, quand je pense au destin d’mes frangines
qui douées comme ell’s étaient s’raient sous-maîtresses maint’nant,
je m’dis qu’la république est bien dans la débine
et qu’on a mis l’bordel rien qu’en les supprimant...

mercredi 2 mai 2012

Bernard Dimay au secours des curés pédophiles


La solution pour les curés pédophiles selon Bernard Dimay

23 avril 2010 à 15:46









Si Monseigneur l'évêque voulait bien racheter
Le bordel clandestin de la rue Saint-Antoine.
Et le petit bistrot qui se trouve à côté,
Ça ferait bien plaisir à monsieur le Chanoine.
L'archiprêtre a besoin de... ce que vous savez.
Il n'est plus temps pour lui de changer d'habitude,
Il se confesse après, trois Pater trois Ave,
N'empêch' que les bonn' dames trouv'nt la chose un peu rude.


Si Monseigneur l'évêque pouvait envisager
D'acquérir en sous-main l'endroit que j'lui signale,
Il pourrait apaiser les besoins du clergé
En tout' sécurité, à l'abri du scandale
Madam' de Saint-Laurent a mis les choses au point.
Si je vends mon bordel à Monseigneur l'évêque,
Mes p'tites en s'ront ravies, ell's en prendront bien soin !
Qu'il vienn' bouffer chez moi, dimanche, avec un chèque !


Si seul'ment je pouvais convaincre Monseigneur,
J'en serais si content pour notre bon Chanoine
Et pour tous ces messieurs, je les connais par coeur.
Achetez le bordel de la rue Saint-Antoine,
Le personnel est bien, les locaux sont repeints,
Y'a pas d'morte saison, que Monseigneur se l'dise !
Et ces petites, au fond, faut bien qu'ell' gagn't leur pain,
Il vaut mieux que ce soit dans le giron d'l'Église


Bernard Dimay


“Poèmes voyous”, “Le milieu de la nuit”
Dit par Bernard Dimey, extrait du l’album “La mer à boire” (et du vinyl “Ivrogne et pourquoi pas”).
Dessin de F’murr, extrait de l’album “Vindieu, c’est le synode”