L’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud, menacé de mort par des salafistes en Algérie, redoute que "la mécanique du 11/9" ne conduise à des ruptures irréparables. Entretien.

L’OBS Vous qui défendez farouchement la liberté d’expression à travers vos articles et vos livres et qui êtes également menacé par les islamistes, comment avez-vous vécu l’attentat contre «Charlie Hebdo» ?
KAMEL DAOUD Le plus traumatisant pour moi qui suis algérien a été cette impression de vivre un remake de tout ce que nous avons vécu ici durant les années 1990; des journalistes avaient été abattus dans la rédaction du journal francophone «l’Hebdo libéré» à Alger avec un scénario très similaire. Il est désolant de voir que malgré cette guerre, on en est toujours là, à lutter pour des libertés.
Je suis moi-même pris en étau entre un courant salafiste qui en veut à ma vie et un régime qui reste dans une posture étrange de passivité vis-à-vis des islamistes au nom de la concorde nationale. J’observe qu’un imam a appelé à ma mort [l’imam salafiste Abdelfateh Zaoui a lancé une fatwa contre Kamel Daoud en décembre 2014, NDLR] et que malgré ma plainte, il est toujours en liberté et continue à passer à la télévision. […]