mercredi 21 novembre 2012

La "petite" histoire du God Save the King

Une petite histoire qui fait apprécier différemment la grande histoire :

L'histoire de l'hymne national anglais tel que nous le connaissons aujourd'hui – God save the Queen – prend sa source en 1682, lorsque Louis XIV, roi de France de 1643 à 1715, est victime d'une fistule anale. Une origine peu traditionnelle – voire incommodante – avancée par bon nombre d'historiens.

Des tracas peu royaux
On sait le roi Louis XIV fin gastronome et un bon vivant, on le dit même glouton, alternant dysenteries et constipations qu'il soulage par des lavements rectaux de toutes sortes – pratique habituelle dans l'aristocratie de l'époque. Ce que l'on sait moins, c'est qu'en conséquence à cette santé déficiente et maintes fois mise en péril, il est affecté d'une fistule anale – un sorte de dérivation du conduit anal qui conduit les selles sous la peau et produit un abcès.

Les médecins du roi, épouvantés à l'idée de porter la main sur le fondement de la monarchie - si j'ose m'exprimer ainsi - optèrent en effet et dans un premier temps pour des médecines douces, type onguents. Ces méthodes ne donnèrent aucun résultat. Tout cela dura près de 4 mois et les douleurs royales ne cessaient pas !

Brusquement, vers le 15 mai, les chirurgiens, verts de peur, soupçonnèrent l'existence d'une fistule. Ce fut l'affolement général. Finalement, le 1er chirurgien FELIX de TASSY (appelé simplement FELIX) décide d'inciser et "invente" un petit couteau spécial, véritable pièce d'orfèvrerie dont la lame était recouverte d'une chape d'argent. Mais il fallut encore 5 mois pour fabriquer ce petit bijou... L'opération eut lieu le 17 novembre - sans anesthésie !!! - Il faudra encore 2 autres incisions (la plaie ayant du mal à se refermer pour cicatriser) pour qu'enfin à la Noël 1686, on puisse déclarer le roi était définitivement sorti d'affaire... et mettre fin aux rumeurs qui, à l'étranger, se propageaient disant que Louis XIV était à l'agonie.

Dès l'heureuse issue de l'intervention connue, des prières furent dites dans le royaume et les dames de Saint Cyr (création de Mme de MAINTENON devenue épouse morganatique) décidèrent de composer un cantique pour célébrer la guérison du roi. La supérieure, Mme de BRINON (nièce de Mme de Maintenon) écrivit alors quelques vers assez anodins - on est loin de Paul VALÉRY ou Charles PEGUY - qu'elle donna à mettre en musique à LULLY :

Grand Dieu sauve le roi !
Longs jours à notre roi !
Vive le roi . A lui victoire,
Bonheur et gloire !
Qu'il ait un règne heureux
Et l'appui des cieux !

Les demoiselles de Saint Cyr prirent l'habitude de chanter ce petit cantique de circonstance chaque fois que le roi venait visiter leur école. C'est ainsi qu'un jour de 1714, le compositeur HAENDEL, de passage à Versailles, entendit ce cantique qu'il trouva si beau qu' il en nota aussitôt les paroles et la musique. Après quoi, il se rendit à Londres où il demanda à un clergyman nommé CARREY de lui traduire le petit couplet de Mme de BRINON. Le brave prêtre s'exécuta sur le champ et écrivit ces paroles qui allaient faire le tour du monde :

God save our gracious King,
Long life our noble King,
God save the King!
Send him victorious
Happy and glorious
Long to reign over us,
God save the King !

Haendel remercia et s'en fut immédiatement à la cour où il offrit au roi - comme étant son oeuvre - le cantique des demoiselles de Saint Cyr.
Très flatté, George 1er félicita le compositeur et déclara que, dorénavant, le God save the King serait exécuté lors des cérémonies officielles.

Et c'est ainsi que cet hymne, qui nous paraît profondément britannique, est né de la collaboration : d'une Française (Mme de BRINON), d'un franco-italien (LULLY), d'un Anglais (CARREY) , d'un Allemand HAENDEL naturalisé britannique et ...

d'un entre-fesses Français, celui de sa Majesté Louis XIV.

Un hymne européen en fait…

A quoi tiennent les choses :