lundi 29 juillet 2013

Blague maçonnique : Le Pape et le Vénérable


Un soir, il arrive au le Pape de l’Eglise de Rome ce qui arrive à tout homme : il meurt.

Il ferme les yeux, se sent aspiré vers le haut et quand il ouvre les paupières, un homme se tient devant lui.
- Ah! Mon Dieu ! Enfin me voici au paradis après toute une vie consacrée à te rendre gloire !
Il s’approche de l’homme et lui dit :
- Je te salue Pierre, me voici enfin, moi, le Pape de l’Eglise de Rome, ton successeur…
En face de lui, l’homme écarquille les yeux :
- Qui ça ?
- Ben… moi… le pape de l’Eglise catholique.
- Désolé mais j’ai personne à ce nom.
Là, le Pape se fache tout rouge !
- Comment ça personne !
- Mais on se moque de moi! Je suis le Pape de l’Eglise de Rome!!! Où est le patron?
- Le patron ? derrière la porte là-bas, au fond.
Benoit XVI distingue une petite porte dans un coin, s’approche et frappe : « toc, toc »… »
Vénérable Maître, dit une voix à l’intérieur, on frappe en profane à la porte du temple ».
Comprenne qui pourra.

vendredi 26 juillet 2013

Nietzsche - Un voyage philosophique - Arte

Albert Camus - L'étranger lu Par Michael Lonsdale

Schopenhauer : Le monde comme volonté et comme représentation - Commentaire, proposé par Raphaël Enthoven

Tchaikovsky - Casse noisettes - Brigitte Engerer & Boris Berezovsky

La mélodie de la fée dragée à 5'50

Liszt - Hungarian Rhapsody No. 2 - Brigitte Engerer and Boris Berezovsky

L'homme est-il un animal comme les autres ? Débat sur KTO

Ce documentaire pour l'intervention de Jean-Claude Ameisen jusqu'à 21:06 sur la vision darwinienne de l'évolution. Après quand les curés interviennent pour défendre leur chapelle, ça devient beaucoup moins clair. Notamment quand on demande à l'un deux ce qu'il reste aujourd'hui de la création décrite dans la Genèse c'est le naufrage...


L'homme est-il un animal comme les autres - e=m6

Pour ceux et celles qui froncent les sourcils quand je dis que l'homme est un animal comme les autres...

lundi 22 juillet 2013

Une brève histoire de la Franc-maçonnerie en Europe



PREAMBULE

Quand on est franc-maçon il y a deux termes qu’il faut bien appréhender, Déisme et Théisme, puisque toute l’histoire de la franc-maçonnerie a été une démarcation des frères et des obédiences entre ces deux concepts, ces deux pôles d’attraction. Il ne faut pas imaginer trouver une réponse dans l’étymologie puisque ces deux termes veulent dire la même chose, leur racine signifie Dieu, mais l’un est d’origine grecque (Theos) tandis que l’autre est d’origine latine (Deus) :

. Le Déisme, équivaut à la religion dite naturelle. L'homme contemple la Nature, observe ses lois (et sa beauté !) et conclut à l'existence de Dieu par l’usage de sa seule raison. C’est le cas notamment de ceux qui situent Dieu à l'origine des mondes, dans un pré Big-bang. Le déiste ne se prononce pas sur la nature de Dieu, ni sur sa présence et action en ce monde, mais seulement sur son existence. Le mot Déiste désigne un homme qui n'a pas besoin de dogme, de révélation ou d’une religion pour croire en l'existence de Dieu.

. Le Théisme définit la croyance dans un Dieu personnel (ayant le statut d'une personne douée de volonté, de morale), unique, distinct du monde et exerçant sur lui une action. D'où le culte : c'est un Dieu qui reste providentiel et qu'il faut donc prier. Il peut punir, accorder ou non la vie éternelle, etc. C'est un Dieu actif qui ne se contente pas d'être seulement un dieu créateur. Il reste présent en sa Création, c’est le Dieu des religions du Livre.

jeudi 18 juillet 2013

Athée et fier de l'être - Une interview de Claude Braun, professeur au Département de psychologie de l'Université du Québec




Claude Braun
Par Marie-Claude Bourdon
«L'objet des psychologues, c'est l'âme, sauf que nous n'appelons pas ça l'âme, dit Claude Braun, professeur au Département de psychologie. Nous appelons ça le cerveau. Pour nous, l'âme n'existe pas.» L'âme, observe le professeur, ne se retrouve dans aucun cursus universitaire en psychologie, et, dans sa pratique professionnelle, le psychologue ne peut en parler puisqu'il lui est interdit d'avoir recours à des concepts incompatibles avec la science. «Donc, même si je travaille essentiellement sur ce que d'autres appellent l'âme, c'est tout naturellement que ma discipline fait de moi un athée», dit le chercheur avec un sourire.
À l'université, Claude Braun s'intéresse à des sujets comme les relations entre les hémisphères du cerveau et la neuropsychologie du développement. Mais c'est aussi un athéiste convaincu. Il n'est d'ailleurs pas le seul. Aux États-Unis, 98 % des membres de l'Association des psychologues sont athées, comme la plupart des professeurs du Département de psychologie de l'UQAM. «Aucun des Prix Nobel de sciences n'est croyant, dit Claude Braun. Les religieux ont tout fait pour en trouver, mais il n'y en a pas.»

L’humanisme est-il contre-nature ?

Par Claude Braun est Professeur au Département de psychologie de la Faculté des sciences humaines de l'Université du Québec à Montréal

Si on s’en était tenu à E.O. Wilson, jusqu’à récemment, l’humanisme eut été jugé tout-à-fait contre-nature. Ce grand entomologiste évolutionniste, spécialiste des insectes sociaux, fut pendant 38 ans, protagoniste enthousiaste de la théorie de la parentèle comme explication complète et suffisante de l’altruisme dans le monde animal, humain compris. Cette élégante et séduisante théorie, formulée par William Donald Hamilton en 1964, stipule que la sélection naturelle de l’altruisme est une fonction directe et exclusive du degré de partage génétique entre le récipiendaire et le bénéficiaire de l’acte altruiste. Ce cadre d’analyse est centré sur le gène et l’organisme individuels. La sélection naturelle opèrerait exclusivement à ces niveaux. Cependant, dans son dernier essai [The social conquest of earth], E.O. Wilson rejette soudainement et radicalement la théorie de la parentèle comme explication suffisante de la sélection naturelle de la coopération animale et de l’altruisme humain. Il propose à sa place, comme base biologique dominante de la coopération, et à fortiori de l’altruisme, la sélection de groupe. Ouvre t-il vraiment, de cette façon, la porte à une harmonisation de la théorie de l’évolution et de l’humanisme ? Pas du tout ! Sous la plume de E.O. Wilson l’humain devient capable d’altruisme de très haut niveau, bien au delà des limites de la parentèle, mais dans son fondement biologique il ne dépasse pas l’attachement au groupe : tribalisme, religion guerrière, superstition et rituel, sacrifice humain, racisme, xénophobie, patriotisme, militarisme, endoctrinement, etc. Wilson propose d’ailleurs de transcender notre biologie « tribaliste » et invoque désespérément la nécessité d’organiser notre monde culturellement, au delà de notre biologie et même contre elle.

L’athéisme, une religion humaniste…

Depuis des millénaires, la religion a trop souvent dominé la population principalement par trois outils : la peurl’ignorance et la manipulation. La première rend stupide, la deuxième ne permet pas de développer l’autonomie des individus et la troisième est carrément révoltante, car les diverses Églises abusent trop souvent de leur pouvoir sur les masses. Et cela, que ce soit les trois grandes religions monothéistes (chrétienté, islam, judaïsme) ou encore les sectes comme le mouvement raëlien ou la scientologie.

De la nausée copernicienne et de l'athéisme comme antidote


Par Claude M.J. Braun

(Claude M.J. Braun, PhD., est professeur titulaire de psychologie à l’UQÀM, auteur d’ouvrages et d’articles en neuropsychologie)
    

Statue de Copernic

Dans la Préface de sa Critique de la raison pure, Kant a lancé un « mème » bien poétique. Il a dénommé la théorie héliocentrique (théorie voulant que la terre tourne autour du soleil) révolution copernicienne. Freud a appliqué la métaphore à la théorie de l’évolution de Darwin. Steven J. Gould a ensuite poussé la métaphore encore plus loin en accordant à Freud lui-même le statut de révolutionnaire copernicien. Chacune de ces révolutions scientifiques aurait eu l’impact de détrôner l’humain, disait Gould. Non seulement la planète de cet humain ne serait-elle désormais plus au centre du monde, mais cet humain ne serait désormais plus l’ultime création, pas une « créature » du tout », ni même angélique... Cet humain devrait dorénavant se reconnaître comme déchu.

« Ondées durables, tempêtes éclair, se fatigue qui éperonne, s’étouffe qui dévore; diaphane vanité, insatiable cormorand, consomme ses moyens, finissant par se dévorer elle-même » William Shakespeare, 1564-1616.

Les révolutions conceptuelles


Les révolutions conceptuelles présentées au tableau suivant sont plus que de simples idées. Ce ne sont pas des hypothèses. Ce sont des idées complexes à très grande portée, cad qui expliquent de très grands ensembles de phénomènes et de données. Ce sont des théories qui ont été amplement testées, pour lesquelles on a trouvé une grande diversité d’appuis empiriques, qui jusqu’à maintenant ne souffrent d’aucune contre-démonstration, et qui ont atteint le statut de « paradigmes » scientifiques. Plus concrètement, aucun candidat au doctorat en sciences à sa soutenance de thèse ne pourrait nier une de ces affirmations sans devoir faire face à un débat d’idées au cours duquel il risquerait fort de se faire écraser intellectuellement et couler son diplôme (à moins de mobiliser une contre-démonstration magistrale). Les idées du tableau qui suit font partie des idées maîtresses des scientifiques auxquelles ils croient fortement, tout en gardant tout de même l’esprit ouvert à des contre-démonstrations. Ces idées sont directement et inexorablement incompatibles avec les révélations des religions. Elles les contredisent en leur cœur. Voilà sans doute la principale raison pourquoi les scientifiques les plus érudits, les plus engagés sont presque tous athées. Selon Dawkins, dans son God delusion, on a trouvé aucun récipiendaire vivant du prix Nobel qui croyait à un dieu personnel, aucun qui ne croyait à une révélation religieuse.

Nature de la « révolution » conceptuelle
Nom d’un penseur ayant contribué fortement au concept
Nature du détrônement humain que l’idée constitue
L’univers matériel est éternel.
Héraclite d’Éphèse
Le monde sans début place l’humain dans un créneau temporel minuscule, insignifiant. La plupart des physiciens aujourd’hui, semble-t-il, croient commeHawking qu’il y a eu des big bangs à perte de vue.
Tout est en mouvement.
Héraclite d’Éphèse
La matière a le potentiel de changer et de produire de nouveaux mondes, sans l’intervention d’un humain ou d’un super humain.
Tout objet est composé d’une variété limitée d’atomes (entités insécables).
Démocrite d’Abdère (460-370 av, J.C.)
La vie est réductible au non vivant, la biologie à la chimie, la chimie à la physique, l’homme à ses unités constituantes.
L’univers est infini.
Giordano Bruno 1548-1600)
Le monde matériel est assez grand pour générer notre univers ainsi que beaucoup d’autres.
La terre tourne autour du soleil (héliocentrisme).
Nicolas Copernic (1473 -1543)
La terre, notre planète insignifiante, n’est pas au centre du système solaire (géocentrisme).
Notre terre grouille de formes vivantes invisibles à l’œil nu.
Antoine P. van Leeuwenhoek (1632 –1723)
Louis Pasteur (1822 –1895)
Les micro-organismes sont partout, existaient avant nous, et sont beaucoup plus importants pour l’écologie de la planète que nous (ils ont créé l’oxygène). Le corps humain est non viable sans micro-organismes. La sanitation et les antibiotiques, deux actions humaines d’inspiration scientifique, contre les micro-organismes nocifs ont sauvé des milliards de vies.
Le métabolisme est une combustionoxygénique.
Antoine Lavoisier (1743 –1794)
La chimie est réductible à la physique et la biologie est réductible à la chimie. La vie est un cas des lois de la thermodynamique. La vie n’est pas un mystère, pas un miracle, simplement un cas spécial des lois de la nature.
La gravité est une propriété universelle de tout ce qui existe.
Isaac Newton
1642 –1726)
La loi universelle de la gravité explique en quoi il est inutile d’évoquer des « substances » sans extension, des esprits désincarnés, des forces obscures, des principes abscons de dynamisation des choses.
La chaleur n’étant pas recyclable, le monde est entropique (deuxième loi de la thermodynamique). L’univers chemine vers un gaz uniforme et glauque.
Sadie Carnot (1796 –1832)
La fin du monde est en cours depuis lebig bang. Cette trajectoire est incompatible avec un quelconque « jugement dernier » ou autre mythe donnant à l’humain ou super humain la moindre influence sur le décours de l’univers. Nous ne sommes que locataires du monde, sur un bail à court terme.
La vie sur terre provient d’une seule source et chaque forme a dérivé de la précédente (théorie de l’évolution des espèces).
Charles Darwin (1809 -1882)
L’humain est un bric-à-brac laissé par la sélection naturelle dont l’effet est opérant depuis au moins 600 millions d’années (premières bactéries documentées). L’homme ne descend pas de dieu, mais d’une des branches de l’arbre phylogénétique.
La structure de la matière consiste en éléments très petits et agités qui sont très éloignés les uns des autres, protons, électrons, etc.
John J. Thomson (1856 –1940)
Nos sens nous trompent: les principales composantes de l’univers nous restent complètement inconnues. Nous nous illusionnons sur le monde. Si notre esprit est à l’image de celui de dieu, alors celui-là est extrêmement défaillant.
La terre n’est pas au centre de notre galaxie (voie lactée).
Harlow Shapley (1885 -1972)
Notre système solaire est un minuscule ensemble à la périphérie d’un groupe d’astres impartis de leur propre rotation, et notre galaxie n’en est une que parmi un grand nombre.
Nos motivations sont en grandepartie inconscientes.
Sigmund Freud (1856 –1939)
L’humain est animé par ses pulsions de la même manière que le sont les autres animaux.
L’univers a explosé il y a 13.5 milliards d’années et cette explosion est toujours grandissante (théorie dubig bang).
Edwin Hubble (1889 –1953)
Le monde n’a pas été planifié. Il est le résultat d’un hasard complètement désinvolte. Par ailleurs, tout s’éloigne de tout en toutes directions, indiquant qu’il n’y a aucun « centre » du monde (du moins en ce qui concerne sa partie « visible »).
La terre existe depuis 4.5 milliards d’années, et elle consiste en un amalgame de fragments solaires. Nous sommes précisément des poussières d’étoiles.
Arthur Holmes (1890 –1965)
La planète terre-amalgame ressemble aux autres « amalgames » que l’on observe au téléscope. Elle n’est donc aucunement unique, spéciale, choisie, ou « divine ». D’ailleurs, on a maintenant découvert des centaines de systèmes planétaires comme le nôtre.
L’acide désoxyribonucléique est le code matériel essentiel de la vie.
Francis Crick (1916- 2004) et James Watson
(1928-)
Les vitalismes, entéléchies et autres mysticismes grandioses de la vie sont balayés par la découverte de l’ADN. L’ADN est simplement une matière qui se réplique par des mécanismes chimiques. Il est l’alphabet, le programme de développement de tout organisme. Le virus comporte à peine plus que de l’ADN.
L’altruisme existe chez l’animal primitif et est fortement articulé par la consanguinité, schéma dont le mécanisme est inscrit dans les gènes.
Donald W. Hamilton (1936 –2000)
La moralité ne vient pas de l’homme, ni d’un super humain. Elle consiste en règles de la vie sociale. Sous forme implicite, elle est florissante chez les insectes depuis des centaines de millions d’années. L’humain n’a fait que la rendre explicite.
Les organismes multicellulaires proviennent de l’assimilation de bactéries par d’autres bactéries différentes (nos mitochondries sont des vestiges bactériens).
Lynn Margulis (1938-
Nos cellules proviennent de parasitismes multicellulaires archaïques datant de millions d’années. Nous ne sommes donc pas des « créatures » réalisées d’un seul coup, et nous dépendons complètement des autres formes de vie, même jusque dans chacune de nos cellules.
L’âme, telle que communément comprise, n’est rien d’autre que le cerveau en action. L’esprit est un réseau neuronal en action.
Donald Hebb (1904 –1985)
John Searle (1932-



L’esprit n’est pas un « produit » du cerveau. Il est une « propriété » du cerveau. L’esprit humain est donc mortel et ne peut en aucune façon être immortel.
La conscience, et à fortiori l’âme, telles que communément comprises, n’existent pas.
Susan Blakmore (1951-)
Le « flux » ininterrompu de notre « conscience » est illusoire. Il en va de même pour la « présence » que nous pensons avoir à nous mêmes, et au monde extérieur. Il existe des multitudes de démonstrations à l’effet que nous sommes tous bêtement distraits, incohérents, troués dans notre représentation de quoi que ce soit.
Notre espèce est la seule humaine depuis seulement 12,000 ans.
Michael Morwood
L'« Homme de Florès », ou Homofloresiensis, est une espèce de l'ordredes Primates de la famille desHominidés, disparu depuis 12,000 ans seulement, mesurant environ un mètre et dont le premier squelette fossile a été découvert en septembre 2003, dans une grotte de l'île indonésienne de Florès. Nous, homo sapiens, ne sommes pas la seule espèce humaine : dans le « temps » phylogénétique, le « hobbit » est notre petit frère contemporain.
La vie n’est rien d’autre qu’une combinaison particulière de substances inorganiques
Craig Venter
Venter et son équipe ont créé un organisme vivant et auto-répliquant en insérant, dans une membrane d’une cellule dont le contenu avait été vidé, un génome entièrement synthétique. On s’approche du jour où on pourra fabriquer une cellule vivante avec seulement des composés inorganiques. Il n’y a nul besoin d’invoquer un principe divin pour expliquer l’apparition de la vie. La vie est un cas particulier de la virevolte atomique, pas l’incarnation d’un grandiose projet.

Haendel - Basso Ostinato - Gert van Hoef

vendredi 12 juillet 2013

Osons critiquer les religions

Jean Delisle

« Ce qu’on affirme sans preuve peut être nié sans preuve. » Euclide

Nous avons la chance de vivre dans un pays signataire de la Déclaration des droits de l’homme de 1948. La critique de la religion découle de la liberté d’expression garantie par cette Déclaration et notre régime démocratique.

Pour être vraiment pertinente, cette critique doit se faire dans une perspective historique, compte tenu de l’importance que les religions accordent à la tradition, argument qu’elles invoquent souvent, à défaut de mieux, pour justifier des pratiques, des rites ou des usages archaïques : célibat des prêtres, voile, circoncision, bannissement du porc, kirpan, turban, kippa, rouflaquettes, etc.

Pour les non-croyants, une religion est une institution purement humaine fondée sur des présupposés invérifiables (dogmes, articles de foi, croyances) et assortis de prescriptions plus ou moins contraignantes. Le plus fondamental de ces présupposés est la révélation d’un dieu, dont on est incapable de prouver l’existence, mais dont les croyants prétendent connaître la volonté : « J’agis ainsi, car c’est la volonté de dieu », affirment-ils pour justifier leur comportement, même les plus inhumains.

Incohérence des révélations

Étrangement, les révélations n’ont pas été les mêmes pour les trois grands monothéismes. L’auteur de La Bible démasquée a bien vu le faisceau d’incohérences et de contradictions qui plombent le concept même de révélation :

Comment le vrai Dieu aurait-il pu se révéler trinitaire aux chrétiens et farouchement monothéiste aux juifs et aux musulmans ? Comment aurait-il révélé la monogamie et l’interdiction du divorce aux chrétiens et non aux musulmans ? L’interdiction des images aux juifs et aux musulmans, mais non aux chrétiens ? L’homme-dieu aux chrétiens, mais pas aux juifs ni aux musulmans ? Le péché originel aux chrétiens seuls ? La papauté infaillible également aux chrétiens seuls ? 2

Il y a dans ces lignes amplement matière à réflexion sur la genèse des religions.

Aspects critiquables des religions

Une religion ne peut se soustraire à la critique, pas plus que « n’importe quel courant politique, philosophique ou idéologique. […] Dans une société laïque, les religions sont considérées à l’égal de toutes les opinions3. »

On peut critiquer tous les arguments d’autorité qui prétendent, entre autres, que les livres dits sacrés (Bible, Coran, Talmud) enseignent la vérité et ne renferment aucune erreur. Cette orgueilleuse prétention est source de divisions, d’exclusions et de conflits. L’histoire le prouve à satiété.

On peut critiquer l’endoctrinement des jeunes enfants à un âge où ils ne sont pas en mesure de porter un jugement éclairé sur ce qu’on leur demande de croire.

On peut critiquer les mutilations (circoncision, excision) que les croyants imposent à leurs enfants.

On peut critiquer les privilèges accordés aux institutions religieuses qui privent de milliards de dollars (« l’économie pourpre ») les États n’ayant pas su garder leurs distances à l’égard des pouvoirs ecclésiastiques. On pense ici aux rapports incestueux que Duplessis entretenait avec le haut clergé catholique, convaincu que « l’État et la religion ne font qu’un ». Le crucifix à l’Assemblée nationale qui a scellé cette union en 1936 est une honte.

On peut critiquer le financement public des écoles confessionnelles ou les postes d’aumôniers dans les prisons. Il n’incombe pas à un État laïque d’assumer ce genre de services.

On peut critiquer les initiatives des groupes politico-religieux musulmans qui, alléguant que l’homme est « un sujet de Dieu » et non le produit de l’évolution, cherchent à placer la Loi divine au-dessus de la Déclaration des droits de l’homme.

On peut critiquer l’attitude des musulmans qui prétendent que la liberté d’expression ne peut pas servir de prétexte pour stigmatiser les religions, et qui assimilent la critique des religions à du racisme.

On peut critiquer les démarches de l’Organisation de la coopération islamique (57 pays) visant à faire reconnaître par les instances internationales, dont l’ONU, le concept de « diffamation des religions » afin de criminaliser le blasphème et d’inscrire ce « crime » dans le droit international. Cette initiative heurte de front la liberté d’expression qui est au cœur de toute démocratie digne de ce nom.

On peut critiquer les théocraties qui briment la liberté de conscience de leurs citoyens, freinent leurs aspirations démocratiques et opposent un barrage systématique à la laïcité.

On peut critiquer le refus des religions de tenir compte des découvertes médicales (les moyens contraceptifs, par exemple), préférant par immobilisme doctrinal s’accrocher à des prescriptions morales rigides d’une autre époque.

On peut critiquer l’hypocrisie de nombreux membres du clergé qui affichent une conduite morale de façade, mais s’adonnent en privé à des pratiques dépravées contraires au code de vie qu’ils prêchent.

Et la liste est encore longue.

Critiquer les religions : un droit inaliénable

En vertu de quel principe une religion échapperait-elle à toute critique ? Par leur attitude areligieuse, les athées et les non-croyants sont bien placés pour mettre au jour les incohérences des systèmes de croyances et dénoncer, au nom des valeurs humanistes qu’ils prônent, tous les abus dont les religions se rendent coupables, même si, il faut le reconnaître, les institutions religieuses financent de nombreuses œuvres caritatives. Elles ne sont pas les seules, cependant, à pratiquer l’entraide humanitaire, et leurs « bonnes œuvres » ne leur donnent droit à aucun privilège particulier. Mais, honnêtement, est-il nécessaire d’être athée ou non-croyant pour dénoncer :

- le caractère profondément immoral des fatwas enjoignant aux musulmans d’assassiner les blasphémateurs ?
- l’intolérance de ceux qui tuent les apostats et les homosexuels ?
- le Vatican qui condamne l’usage du condom et reste de marbre devant les ravages causés par le sida ?
- l’odieuse infériorisation des femmes que pratiquent toutes les religions patriarcales ? La misogynie est certainement ce qu’il y a de plus répugnant et de plus critiquable dans les religions. Des reliquats d’un passé lointain

À l’époque où sont nés les monothéismes, les humains croyaient que la Terre était plate, qu’elle occupait le centre du système solaire, que les montagnes soutenaient le ciel, qu’il était possible de transmuer le plomb en or et qu’on pouvait apprendre les langues au moyen de pilules. Faut-il s’étonner, dès lors, que les religions véhiculent des croyances du même ordre ?

Les créationnistes n’entretiennent-ils pas la conviction que le récit légendaire de la Genèse donne une description scientifique et littéralement exacte de l’origine de l’Univers créé par dieu en sept jours ?

Et il faudrait s’abstenir de critiquer les religions ? Plus que jamais, au contraire, cette critique lucide s’impose pour que la lumière de la raison et de la connaissance dissipe les ténèbres de l’ignorance et de la superstition.

Jean Delisle, Gatineau
Libre penseur athée
(Ce texte est une version abrégée d’un article déjà paru
dans Québec humaniste de l’Association Humaniste du Québec.)

mardi 2 juillet 2013

L'Afghanistan, le creuset où la Grèce et l'Inde se sont mélangés



Gandhara ou le visage de Bouddha

Le royaume de Gandhara : Huit siècles d'une civilisation oubliée, qui n'a cessé de s'enrichir en mariant pacifiquement les cultures venues de la Grèce, des steppes d'Asie centrale et de l'Inde.

Un modèle idéal de coexistence entre les peuples, dans la région qui va aujourd'hui de Kaboul à Peshawar et Islamabad. Baignés par l'Indus, ces endroits furent en effet le berceau d'une société tolérante. les actuelles autorités pakistanaises entretiennent avec soin les antiquités gréco-bouddhiques, ce qui n'a pas empêché quelques animaux fanatiques, des talibans, de dynamiter les trois statues monumentales de Bâmiyân ainsi que les sites tout aussi remarquables de Hadda ( 10 km au sud de Djalalabad), Bagram etc... 

C'est Alexandre le Grand, contemporain d'Epicure (v. -341 ~ -270), qui fait entrer le Gandhara dans l'histoire universelle. Jusque-là, ce n'était qu'une des quarante-deux satrapies excentrée, oubliée et presque négligeable de l'Empire perse des Achéménides. Mais, en 327 avant J.-C., ayant vaincu Darius, le conquérant grec poursuit son odyssée et parvient sur les rives de l'Indus. Là, il va affronter le souverain indien Porus et sa terrifiante division d'éléphants. Cette bataille frappe tant les imaginations que son récit parvient en Occident mais des Grecs, eux, restent sur les rives de l'Indus où ils ont trouvé des amis car, tel Cortes qui s'était vite fait des alliés pour abattre la puissance aztèque, Alexandre a reçu sur place l'aide qui a permis à ses troupes de ne pas se débander face aux pachydermes.

Pendant trois siècles, plusieurs royaume grecs vont donc coexister à la lisière du Pakistan et de l'Afghanistan actuels. Le plus célèbre est celui de Bactriane, fondé en 250 avant J.-C. par Diodote, mais il y en eut plusieurs autres autour de Peshawar ou de Taxila. On parlait grec dans le Pendjab et la vallée de Kaboul ou sur les rives de l'Indus et les archéologues des débuts du XXe siècle ont redécouvert d'innombrables pièces de monnaie portant l'effigie de ces souverains oubliés: -Ménandre ou-Archebros à Kaboul,- Lysias, Dionysos ou Diomède dans le Pendjab, Euthydemos ou Antimachos en Bactriane, Démétrios, Agathocle ou Applodatos en Inde. En tout, on en connaît aujourd'hui une quarantaine à l'effigie fidèlement représentée sur leur monnaie respective selon les canons irréprochables de la beauté classique attique. Ce sont les pères fondateurs de l'art du Gandhara dont les historiens disent qu'il est l'enfant d'un sculpteur athénien et d'une mère bouddhiste.