Les enfants naissent philosophes et seuls ceux qui sont restés enfant deviennent philosophe. En effet le questionnement philosophique consiste à faire l’enfant, à se demander tout le temps pourquoi… Quelles sont les causes qui ont produit tel effet, quand quelque chose advient pourquoi elle advient, pourquoi en sommes nous là ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Qu’est-ce que nous avons pas fait. Pourquoi ce qui est dit bien est bien, pourquoi ce qui est dit mal, pourquoi, pourquoi, pourquoi… Le philosophe est un généalogiste, c’est celui qui remonte l’arbre des pourquoi, de pourquoi en pourquoi, c’est la méthode de Nietzsche dans la « généalogie de la morale ». Le philosophe c’est celui qui vous dit ne prenez rien pour argent comptant, il faut sans cesse faire un travail critique, la critique renvoie au crible qui est le moyen de séparer le sable, des pierres, des pépites d’or.
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dimanche 10 juillet 2016
jeudi 25 septembre 2014
Zarathoustra sous les tropiques
© Pierre Maurin
Nietzsche aurait pu finir ses jours au Paraguay, où il possédait un lopin de terre. À la fin du XIXe siècle, sa sœur Elisabeth et son mari y ont fondé Nueva Germania, une colonie « racialement pure ». Elle existe toujours. Mais ses fondateurs seraient sans doute surpris de voir ce qu’elle est devenue.
mardi 13 mai 2014
samedi 10 mai 2014
Nietzsche - De l’indispensable dose d’immoralité
J’ai souvent médité sur cette citation de Nietzsche, tirée de Par-delà le bien et le mal : « Il faut aller ici jusqu’au tréfonds des choses et s’interdire toute faiblesse sentimentale : vivre, c’est essentiellement dépouiller, blesser, violenter le faible et l’étranger, l’opprimer, lui imposer durement ses formes propres, l’assimiler ou tout au moins (c’est la solution la plus douce) l’exploiter. » On peut être tenté de l’interpréter tout à fait littéralement et d’y voir une apologie de la violence et de l’esclavage. Pourtant, il me semble qu’ici le philosophe veut nous dire autre chose ; il entend moins nous proposer un programme politique qu’une méditation sur la nature même de la vie. Entendu ainsi, le sens de son message serait le suivant : il est impossible de vivre, ne serait-ce qu’une journée, en évitant toute conflictualité. Au tréfonds des choses, il y a la lutte, une dure et aveugle compétition le plus souvent privée d’intentionnalité : parmi les deux ou trois cent millions de spermatozoïdes répandus dans la nuit de la matrice neuf mois avant ma naissance, un seul triompha. Et ce ne fut qu’un début, il s’agissait seulement de l’âpre conquête de l’invitation à être.
Transposée dans les mœurs contemporaines, plutôt pacifiques, la phrase de Nietzsche pourrait être réécrite ainsi : « Vivre, pour toi, consistera à manger la viande d’animaux abattus froidement à coups de décharges électriques, à consommer des œufs pondus par des poules auxquelles on aura coupé les ailes, les pattes et le bec, et qui sont attachées devant leurs mangeoires ; dès les premiers pas à l’école, tu devras te bagarrer, pour ne pas finir en souffre-douleur dans la cour de récré, mais aussi pour satisfaire tes professeurs et arriver parmi les meilleurs ; plus tard, quand tu entreras dans la vie active, tu devras faire de ton mieux pour conserver ta place ou grimper d’un échelon si tu le peux ; et, bien sûr, la plupart du temps, quand tu croiseras un clochard qui grelotte dans la nuit d’hiver, tu devras détourner le regard, parce que tu ne peux pas soulager tous ceux qui souffrent ; il te faudra aussi renoncer à des histoires d’amour qui, pour toi, ne mènent nulle part, en imposant à ceux que tu délaisses la douleur de la séparation, et consentir, enfin, à ce que les courants contraires de la vie t’éloignent de tes proches, parents ou amis, auxquels, si d’aventure ils meurent, il te faudra survivre sans éprouver trop de remords. »
Il y a donc quelque chose comme un seuil incompressible d’immoralité, au-dessous duquel il est impossible de descendre, sous peine de s’interdire toute forme de rapports humains, et même toute existence. Cette violence inhérente au fait même de respirer et d’agir dans ce monde, le croyant peut sans doute s’en accommoder, en s’imaginant qu’elle n’est que le produit de l’imperfection de la vie terrestre. Mais pour l’athée, elle s’apparente à un double bind, à une « injonction contradictoire » : car, en effet, plus on est sensible, plus on est doué de sentimentalité, précisément, et plus il faut prendre sur soi pour accepter la violence essentielle de l’existence. Autrement dit, pour un être profondément moral, l’un des sauts les plus difficiles à effectuer est d’accepter de faire le mal sans intention expresse de nuire, d’acquiescer à la méchanceté intrinsèque du devenir et de prétendre qu’elle est l’autre visage de l’innocence. Je crois en fait que c’est à de telles consciences que Nietzsche s’adresse : il ne souhaite nullement délivrer un blanc-seing aux brutes et aux prévaricateurs, mais délivrer les esprits trop délicats des tourments que l’excès de morale inflige. Il n’entend pas inciter quiconque au crime, mais nous délivrer du démon du bien.
Nietzsche : « Périssent les faibles et les ratés ! Et il faut même les y aider ! »
Les textes des grands philosophes recèlent parfois des phrases excessives, voire inadmissibles. Ainsi cette déclaration d’une rare violence, écrite par Nietzsche dans sa dernière œuvre achevée, L’Antéchrist. Écart sans excuse ou provocation salutaire ?
« Périssent les faibles et les ratés ! Et il faut même les y aider ! »
Cette formule terrible a inspiré à François Mauriac une scène savoureuse, dans Le Baiser au lépreux, paru en 1922. Le héros, Jean Péloueyre, est si laid que son entourage le rejette. Fils de bonne famille, il vit en reclus dans la maison de son père. Sa santé est médiocre, il est hypocondriaque. Lorsque Jean Péloueyre tombe par hasard, en ouvrant un recueil de morceaux choisis de Nietzsche, sur cette condamnation sans appel des « ratés » et des « faibles », il se sent meurtri. Il a l’impression que le philosophe allemand en a après lui. Car il se sait « voué au néant », condamné « au célibat et à une mort prématurée ». La phrase de Nietzsche le renvoie à ses échecs.
Les limites de la déconstruction nietzschéenne
La critique, "la déconstruction" chez Nietzsche se heurte à une vraie limite. Une fois les idoles et les valeurs morales déconstruites, le risque majeur, c’est le cynisme, l’adhésion libérale au monde tel qu’il va, puisqu’il n’y a plus aucun idéal à lui opposer.
Quand Heidegger, dans le sillage de Nietzsche, nous dit que face au monde de la technique, « seul un dieu peut encore nous sauver », il sombre dans une espèce de quiétisme mystique. Il a raison d’affirmer que la technique et le capitalisme mondialisé sont des « procès sans sujet » dont nous avons perdu la maîtrise, mais que nous reste-t-il à faire ? Rien? Subir ?
mardi 6 mai 2014
Nietzsche par Luc Ferry
Le nihilisme pour Nietzsche c'est nier le réel, donc lui considère par exemple que les chrétiens sont nihilistes parce qu'ils ne vivent pas pour le réel, ici et maintenant, mais ils vivent pour un arrière-monde idéal : la vie éternelle au Paradis.
Par conséquent l'acception du nihilisme pat Nietzsche c'est exactement l'inverse de son acception actuelle. Dans le langage courant un nihiliste c'est quelqu'un qui croit en rien, pour Nietzsche c'est l'inverse l'archétype de nihiliste c'est le chrétien qui a des valeurs "idéales" au sens de Platon, qui nie le corps, qui nie le monde réel, qui dit que la Terre est moins bonne que le Ciel, pour se réfugier dans une illusion dans des valeurs qu'il considère supérieures. Un nihiliste pour Nietzsche c'est quelqu'un qui a des valeurs, un idéal.
"Il faut que les idéaux apprennent ce qu'il en coute d'avoir des pieds d'argile, et il lance le thème de la philosophie au marteau."
"Pour Nietzsche Le nihilisme c'est l'idéal, c'est le fait d'avoir des idéaux. Le modèle du nihilisme étant l'opposition platonicienne entre le monde intelligible, le monde idéal et le monde sensible, le monde réel, qui est reprise dans l'univers chrétien par la différence entre ce qui est terrestre, l'ici bas, et le céleste, l'au d'au delà.
Pour Nietzsche le christianisme c'est du platonisme pour le peuple.
Pourquoi il appelle ça le nihilisme, nihil en latin c'est le néant, c'est le rien, eh bien parce que la grande thèse de Nietzsche c'est au fond l'idée suivante : Les humains inventent l'idéal pour nier (nihil) le réel. On invente un idéal pour dire le réel ne vaut rien, on invente le monde des idées pour dire le monde sensible, le monde réel, est trompeur, il est mauvais, il est ignoble. On invente le Paradis pour dire la Terre ne vaut rien. Et dans Zarathoustra Nietzsche dira encore, cessez de blasphémer contre la Terre, le vrai blasphème, c'est le mépris de la Terre, ce n'est le mépris de ce concept qu'est Dieu. Et donc la structure du nihilisme est là".
samedi 17 août 2013
Nietzsche : Par delà le bien et le mal
"Toutes les valeurs dans lesquelles l'humanité résume actuellement ses plus hautes aspirations, sont des valeurs de décadence" assure Nietzsche dans l'Antéchrist qu'il ne faut pas prendre au sens littéral d'un imposteur maléfique qui tente de se substituer à Jésus-Christ mais qu'il faut considérer comme un pamphlet contre le christianisme et ses valeurs jugées décadentes. par Nietzsche. D'ailleurs le titre complet est "Der Antichrist. Fluch auf das Christentum" soit "L'Antéchrist, Imprécation contre le christianisme". En fait, le titre peut être traduit en français à la fois par « L'Anti-Christ » ou plus exactement par « L'Anti-chrétien ».Dominée par le platonisme, relayé par le christianisme, la culture européenne obéit à des valeurs morales qui condamnent le sensible, particulièrement le corps, et posent comme objet de vénération, un imaginaire autre monde : celui de l'être pensé comme éternel, identique, comme "le vrai monde" ainsi que l'indique le Crépuscule des idoles. Or les pulsions condamnées par cette morale s'avèrent non seulement constamment à l'oeuvre dans les vertus que celle-ci célèbre, mais surtout indispensable au développement et à l'épanouissement de la vie. "Peut-être l'homme le plus nuisible est-il encore le plus utile, dans la perspective de la conservation de l'espèce ; car il entretient chez lui, ou bien par son action, chez d'autres, des pulsions sans lesquelles l'humanité serait depuis longtemps avachie ou aurait pourri. (Le gai savoir)".
Bien et mal seraient donc plus apparentés qu'on ne le pense ? Si "tout ce qui en l'homme relève de la bête de proie et du serpent sert tout autant à l'élévation de l'espèce homme que son contraire (Par delà le Bien et leMal)" . Et que peut signifier une telle morale qui assimilant le sensible au mal, prescrit à des vivants de prendre pour condition de la vie la négation même de l'existence organique ? Un non adressé à la vie par la vie elle-même, ou par une des ses formes s'interroge Nietzsche.
N'est-ce pas du reste ce qu'indique sourdement le fanatisme de la vérité qui habite notre culture : S'il est vrai que nous vivions grâce à l'erreur que peut-etre en ce cas la volonté de vérité ? Ne devrait-elle pas être une "volonté de mourir ?" souligne-t-il ? (Fragments posthumes de 1885). La rectification de l'enquête philosophique conduit aussi à dévoiler que les valeurs avec lesquelles nous avons vécu sont des valeurs de mort qui entraînent l'humanité européenne sur la voie d'un lent suicide.
Ce diagnostic explique le projet nietzschéen de renversement des valeurs que le philosophe se doit de mettre en oeuvre. Il faut agir pense Nietzsche, sur les préférences, mal réglées, négatrices, pathologiques, qui sont source du nihilisme, enrayer la maladie du christianisme et lutter pour faire advenir "une puissance et une splendeur suprêmes, en soi possible du type d'homme (Généalogie de la morale).
En effet, les valeurs en soi ne sont ni vraies, ni fausses. Elles sont en revanche bénéfiques ou nuisibles et c'est bien cette grille d'analyse qu'il convient d'utiliser.
vendredi 26 juillet 2013
vendredi 24 mai 2013
Nietzsche, Darwin et Laborit sur la même longueur d'ondes
Dans le "gai savoir" Nietzsche constate que l'homme est toujours occupé à se maintenir en vie pour pouvoir se reproduire. Plus fort, il fait mentir ses détracteurs en se prononçant contre l'épuration des nuisibles et des méchants au nom de la sélection naturelle qui sait ce qu'elle fait en conservant leurs lignées.
Le "gai savoir" - Livre Premier
"1. La doctrine du but de la vie.
J’ai beau regarder les hommes, soit avec un regard bienveillant, soit avec le mauvais œil, je les trouve toujours occupés, tous et chacun en particulier, à une même tâche : à faire ce qui est utile à la conservation de l’espèce. Et ce n’est certes pas à cause d’un sentiment d’amour pour cette espèce, mais simplement puisque, en eux, rien n’est plus ancien, plus fort, plus inexorable, plus invincible que cet instinct, - puisque cet instinct est précisément l’essence de notre espèce et de notre troupeau.
mercredi 8 août 2012
mardi 7 août 2012
dimanche 5 août 2012
Nietzsche - Tentative de résumé de sa doctrine
Friedrich Nietzsche (1844-1900)
Résumé
La vie, c’est-à-dire la volonté de puissance, est la source de toute évaluation. Par conséquent la valeur de chaque chose est déterminée par son rapport à la puissance. Est bon ce qui est puissant, ce qui accroît ma puissance. L’art (le beau), la connaissance (le vrai) et même la morale et la religion (le bien) peuvent être évalués à partir de ce critère. Est bonne l’œuvre d’art qui exprime et stimule la vie. Une idée est bonne non pas si elle est vraie, mais si elle est utile et agréable. Une morale ou une religion est bonne si elle favorise le développement de la vie. Par exemple, le christianisme (ainsi que le bouddhisme, le socialisme, l’anarchisme, l’eudémonisme, etc.) est mauvais car il nie la vie : c’est une forme de nihilisme, ce que Freud appellera la « pulsion de mort ». Toute morale (au sens classique), en réalité, nuit à la vie. C’est pourquoi Nietzsche se place « par-delà bien et mal » et adopte une sagesse tragique qui consiste en un « grand oui » à la vie. Il s’agit de tout accepter, absurdité et souffrance comprises, et même de prendre plaisir à ce spectacle tragique qu’est le monde. Tel est l’idéal du « surhomme » : un homme par-delà bien et mal. Tel est le sens de l’éternel retour : un critère permettant de savoir qui est un surhomme. Celui qui peut supporter cette pensée et même l’aimer a le tempérament dionysiaque requis.
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