jeudi 29 août 2013

Le pur et l’impur une chronique André Comte-Sponville

Publié le 01/09/2013 dans le Monde des Religions
André Comte-Sponville est philosophe. Il est l’auteur deLe Sexe ni la mort, trois essais sur l’amour et la sexualité (Albin Michel, 2012).
«Nous ne sommes pas des bêtes : pas question de manger n’importe quoi ! » La formule, dans la bouche d’un ami juif, m’avait éclairé sur les interdits alimentaires, dont les religions sont, si j’ose dire, si friandes. L’important, m’expliquait-il, n’est pas ce sur quoi porte l’interdit – par exemple le porc ou les fruits de mer – mais le fait même de se soumettre, dans l’alimentation aussi, à une loi discriminante, qui sépare le pur de l’impur, le licite de l’illicite. C’est par quoi l’humanité, qui ne serait autrement qu’une espèce animale comme une autre, se distingue des bêtes : non par le corps (nos organes sont comparables aux leurs) mais par l’esprit, non par la nature mais par la culture, non par l’instinct mais par l’interdit. « Tu ne mangeras pas du fruit de cet arbre… » Ils en mangèrent pourtant, et l’humanité – la vraie, la nôtre – commence là, dans la transgression, laquelle suppose l’interdit et ne saurait l’abolir. L’homme est un animal qui se soumet à une loi. Les bêtes ne se soumettent qu’à l’instinct ou à un maître.
Fort bien. Mais pourquoi obéir à une loi qu’on ne comprend pas ? Parce qu’elle vient de Dieu ? Cela est sans preuve, et même improbable, tant ces interdits varient selon les cultures et les religions. Au reste, quand bien même on admettrait cette origine surnaturelle, cela ne ferait de Dieu qu’un maître de plus. Obéir ? Ce ne saurait être, pour un esprit libre, une justification suffisante. Les parents le savent bien, qui ne se privent pas d’interdire (ils ont raison) ni d’expliquer. Les enfants aussi, qui veulent comprendre et conquérir leur autonomie. Nous ne sommes pas des bêtes ? Soit. Mais pas non plus des béni-oui-oui. On a le droit de se révolter, et le devoir, parfois, de désobéir.

Jésus et le bonheur - Un éditorial de Frédéric Lenoir


Publié le 01/09/2013 dans le Monde des Religions

Comme l’écrivait saint Augustin dans La Vie heureuse : « Le désir de bonheur est essentiel à l’homme ; il est le mobile de tous nos actes. La chose au monde la plus vénérable, la plus entendue, la plus éclaircie, la plus constante, c’est non seulement qu’on veut être heureux mais qu’on ne veut être que cela. C’est à quoi nous force notre nature. » Si chaque être humain aspire au bonheur, toute la question est de savoir si un bonheur profond et durable peut exister ici-bas. Les religions apportent à ce sujet des réponses très divergentes. Les deux positions les plus opposées me semblent être celles du bouddhisme et du christianisme. Tandis que toute la doctrine du Bouddha repose sur la poursuite d’un état de parfaite sérénité ici et maintenant, celle du Christ promet aux fidèles le vrai bonheur dans l’au-delà. Cela tient à la vie de son fondateur – Jésus meurt vers 36 ans de manière tragique – mais aussi à son message : le Royaume de Dieu qu’il annonce n’est pas un royaume terrestre mais céleste et la béatitude est à venir : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Matthieu, 5, 5). 

lundi 26 août 2013

Vladimir Gorbach

Sonata K. 239 (Scarlatti)


Ricardo Cobo

David Russel

Haendel Harpsichord Suite No.7


Schubert - Paul Lewis

Piano Sonata No. 20 in A Major, Andantino


Peter Blanchette & Elliot Gibbons - Bach Partita No. 1 B flat BWV 825 Gigue



When Peter Blanchette was just twenty years old he had the crazy idea of an expanded range instrument beyond a standard guitar "that sounded more like a lute, but was still a guitar." Thus was born the 11-string archguitar, custom built in 1981 by Walter Stanul. Blanchette's friend Elliot Gibbons had similar ideas and commissioned a second instrument from the same builder, but with a slightly different design.

vendredi 23 août 2013

Un article de Charb dans Charlie Hebdo

23 Aug 2013

Mort aux dévots incroyants!

L'indépendance de Dieu, par CharbEn réclamant notre mort, ceux qui se prétendent les meilleurs amis de Dieu l’insultent. Ils insultent Dieu. Leur Dieu.
D’abord, quel est ce Dieu tout-puissant mais irritable qui a besoin d’une fourmi humaine pour prendre sa défense? Dieu a-t-il besoin qu’un fidèle l’attende à la sortie de l’école parce qu’il a peur qu’un non-croyant lui tire la langue ou lui pique son bonnet? Bonjour, Dieu, ça s’est bien passé aujourd’hui avec la maîtresse, elle a été gentille avec toi? Tiens, voilà ton goûter et montre moi celui qui t’embête dans la cour de récré, je vais l’égorger. Mais après tout, peut-être que Dieu est une grosse larve pleurnicheuse qui n’est pas capable de régler ses comptes lui-même.
Le plus troublant, c’est que quasiment toutes les religions sont capables de nous dépeindre l’enfer. Non seulement l’enfer existe, mais les textes sacrés le décrivent assez bien. On connaît la couleur du papier peint, la chaleur des flammes et la taille des chaînes qui cliquettent lugubrement. La chair des suppliciés n’a pas le temps de cicatriser complètement qu’elle est de nouveau arrachée. Berck!
Les meilleurs amis de Dieu nous promettent très souvent l’enfer. Pour eux, il n’y a pas de doute, on va pleurer notre mère pour l’éternité. Un jour. Un jour qui arrivera forcément puisque nous sommes mortels. Alors pourquoi veulent-ils nous assassiner s’ils sont sûrs que la punition divine s’abattra sur nous dans un laps de temps relativement court? En effet, même si le mécréant vit quatre-vingt-dix ou cent ans, ça ne représente rien par rapport  au temps qu’il passera à rôtir dans les braises.
La vérité, c’est que le fidèle qui rêve de nous découper en rondelles ne croit pas aux textes sacrés. Il ne croit pas à l’enfer, il ne croit pas à la punition divine, il ne croit pas à l’éternité. Bref, il ne croit pas. S’il était sûr de lui, le fou de Dieu laisserait faire le temps et, le moment venu, il nous montrerait du doigt en se foutant de notre gueule. Il est sur l’escalator qui l’emmène au paradis, nous sommes sur l’escalator qui nous descend en enfer, et il rit. Nous sommes penauds, voire suppliants. Nous sommes surtout jaloux (maintenant que nous savons que Dieu existe) de toutes les bonnes confitures et des beaux culs dont Dieu va le régaler là-haut. Mais non, le crétin habité par l’idée de Dieu n’est pas sûr que ce
soit l’idée de Dieu qui l’habite. Il n’est pas sûr que Dieu, s’il existe, est aussi puissant que ça. Alors, dans le doute, il se propose de faire le boulot de Dieu. Quelqu’un qui fait le boulot de Dieu n’est ni plus ni moins que quelqu’un qui se prend pour Dieu. Y a-t-il pire blasphème pour un croyant que de se prendre pour Dieu?
Le fidèle a tort de tuer l’infidèle non pas parce que Dieu est amour, mais parce qu’il donne raison au mécréant: Dieu n’existe pas. En massacrant l’infidèle, c’est l’idée d’un Dieu tout-puissant qu’il massacre, le dévot mégalo. Et qu’est-ce que serait un Dieu qui ne serait pas tout-puissant ? Un chef de rayon à la Fnac? Allons, assez blasphémé.
Je crois que vous en serez d’accord, il faut obliger les fous de Dieu à se regarder dans un miroir jusqu’à ce qu’ils se suicident en réalisant que Dieu, qui est censé avoir fait l’homme à son image, ne peut pas avoir une aussi sale gueule. Amen.

Agustin Barrios - La Cathédrale. Gabriel Bianco

mercredi 21 août 2013

Astor Piazzolla y Quinteto Tango Nuevo Live in Utrecht, 1986



1- Michelangelo 70', 2- Milonga del Angel, 3- Escualo, 4- Adios Nonino, 5- La Muerte del Angel, 6- Resurrección del Angel, 7- Decarisimo, 8- Verano Porteno, 9- Fracanapa

Ástor Piazzolla - bandoneón
Fernando Suarez Páz - violino
Héctor Console - contrabaixo
Oscar Lopez Ruiz - guitarra
Pablo Ziegler - piano

Astor Piazzolla: OBLIVION


OBLIVION : Richard Galliano


Richard Galliano Septet - Piazzolla Forever - En Concert.

Roberto Aussel plays Scarlatti - Keyboard Sonatas



00:00 K. 1 in D minor
03:32 K. 11 in C minor
06:49 K. 32 in D minor
08:48 K. 149 in A minor
12:11 K. 213 in D minor
20:30 K. 254 in C minor
26:40 K. 377 in B minor
30:45 K. 476 in G minor

"The Guitar in Spain" Oscar Ghiglia (full 1968 vinyl album)

Séquence émotion : l'interprète, Oscar Ghiglia et le compositeur Gaspar Sanz qui m'ont insufflé l'envie d'apprendre la guitare. Merçi YouTube...

Machisme et religion - Une chronique d'André Comte-Sponville

Publié le 01/07/2013

CHRONIQUE

André Comte-Sponville est philosophe. Il est l’auteur deLe Sexe ni la mort, trois essais sur l’amour et la sexualité (Albin Michel, 2012).
Les religions sont presque toutes misogynes, du moins en leur commencement. Même l’Ecclésiaste, que j’aime tant, n’y échappe pas. La femme, « plus amère que la mort », écrit-il, est « un piège, dont le cœur est un filet : l’homme qui plaît à Dieu lui échappe, mais le pécheur sera pris par elle ».

C’est le thème rebattu de la femme tentatrice et pécheresse. Ève, dans la Genèse, mange la première le fruit défendu, qu’elle donne ensuite à Adam. Et que dire du Coran, qui accorde aux hommes « prééminence » et « autorité » sur leurs épouses, avec les conséquences concrètes et parfois atroces que l’on sait ? Ces préjugés touchent à la théologie autant qu’aux mœurs. Le Dieu des monothéismes, dans toutes les langues, se dit au masculin. 

Parce qu’il aurait un sexe ? 

Évidemment pas. Mais parce qu’il ne saurait être femme. Cela en dit plus long sur les hommes que sur la divinité. 

Aussi n’est-ce pas un argument contre la foi. Si les religions sont machistes, c’est qu’elles sont fort anciennes : elles reflètent les préjugés des sociétés patriarcales où elles sont nées. Cela devrait suffire, en revanche, à condamner les fondamentalistes. Que des prophètes aient été misogynes, passe encore. Mais comment voir dès lors, dans leur enseignement, la parole littérale ou incréée de Dieu ? Le machisme des religions est la marque de leur historicité. C’est dire assez qu’aucune ne peut prétendre à l’absolu. 

Au reste, la féminité saura reconquérir peu à peu sa place. Le culte marial, dans le catholicisme, en est une brillante illustration. On peut le trouver naïf, théologiquement fragile, humainement équivoque (pourquoi la femme parfaite serait-elle vierge ?). Il n’en est pas moins émouvant, et profond à sa façon. Que Dieu ait une mère, c’est assurément un paradoxe. Comment le Créateur pourrait-il naître d’une de ses créatures ? Mais c’est aussi une nécessité, liée à son incarnation. Le Fils de l’homme fut « engendré, non pas créé ». Il est né d’une femme, comme nous tous, laquelle l’a porté, nourri, aimé... Il lui fallut aussi un père ? Sans doute. Mais plus lointain (la Première Personne de la Trinité) ou moins indispensable (Joseph). Mère charnelle, père symbolique ou adoptif. Une femme, une fonction. La Sainte Famille est une famille, qui dit quelque chose sur les nôtres. Pas étonnant que l’iconographie se soit emparée du thème, qu’elle en ait à ce point multiplié les représentations ! La mère et son enfant : un peu de douceur, dans un monde de brutes (la Croix) ou de théologiens… La Pietà de Michel Ange, le Stabat Mater de Pergolèse. Ce sont peut-être, en matière de religion, les deux œuvres d’art qui me touchent le plus. Mais c’est la mère, dans les deux cas, qui me bouleverse.

Non, certes, qu’il faille confondre féminité et maternité ! C’est ce qu’il y a d’équivoque dans le culte marial, qui ne célèbre la maternité que pour mieux mettre la sexualité féminine à distance. Une femme sans enfant n’est pas moins féminine qu’une autre. Mais quelle mère qui ne soit femme ? Je ne suis pas opposé au mariage gay, et ne doute pas qu’un couple d’homosexuels puisse élever valablement un enfant. Il reste que la différence sexuelle est l’un des plus beaux cadeaux que la nature nous ait faits, dont les monothéismes ne donnent trop souvent qu’une vision réductrice ou machiste. Faut-il alors revenir aux anciens polythéismes, avec leurs déesses innombrables, voire au culte paléolithique de la « Déesse Mère » ? Je n’en crois rien. Les femmes valent mieux que les déesses. L’humanité, qui est sexuée, m’importe davantage que les religions, qui prétendent ne pas l’être

dimanche 18 août 2013

Nature humaine - Nature divine

C'est la nature humaine qui nous gouverne et non la nature divine, il suffit de voir comment fonctionnent le monde et les humains.

D'ailleurs Dieu, dans son immense bonté, nous a laissé l'entière responsabilité d'être humain avec toutes les conséquences induites, notamment celle de l'absolue liberté de croire ou de ne pas croire, ou de faire le bien ou le mal.

À ce niveau d'analyse, la tolérance divine est mille fois supérieure à la tolérance humaine qui reste le plus souvent dans l'étroitesse et le nanisme de la pensée.

Alors cher croyant, nous n'avons pas ici à prouver l'existence ou l'inexistence d'un Dieu, mais à essayer de vivre nos différences, coincés que nous sommes, dans la même "Arche".

Ainsi, je ne vous reprocherais jamais de croire, mais je vous reprocherais de "faire croire", ce qui à mon sens relève de la déviance intellectuelle institutionnalisée, voire du mensonge ontologique qui permet aux croyants "intégristes" de vouloir justement intégrer, et quel qu'en soit le prix, tout être vivant dans leur toile idéologique.

On m'y a mis un jour et je m'en suis désenglué, sans fierté ni triomphalisme,
simplement en protestant.

Salut et fraternité et bonne volonté envers les hommes.

Henri Dalbos

Modération et religions : Qu’est-ce qu’un islam modéré ?

Qu’est-ce qu’un islam modéré ? Pourquoi pas un catholicisme adouci, un bouddhisme raplapla, un évangélisme amolli ? Il est vrai que la mode des mots met la modération à toutes les sauces. Manger, boire, aimer, fumer, rouler, baiser avec modération, mais jamais travailler ! Le travail c’est de l’argent, un peu le sien et beaucoup celui des autres, alors pas touche !

Mais revenons aux fondamentaux, pardon, à nos fondamentalistes. Ce qui est intéressant dans la formulation “islam modéré” c’est le présupposé en amont, c’est-à-dire un “islam passionné”, celui qui ne considère l’individu que comme un croyant car au-delà de la croyance point de salut, tu n’es qu’un mécréant. Mais plus encore, celui qui ne considère l’autre que dans la religion de l’islam : celle qui engloberait toutes les autres. Donc, si l’on suit le raisonnement, l’islam modéré serait une dénonciation, une mise à l’écart de l’islam passionné.

C’est bien là toute sa fausse candeur que de faire croire que l’on puisse être “la moitié” d’un croyant et de s’adosser à “la moitié” d’un Coran. Bref, une impossible posture qui en fait cache une possible imposture.

Que ces “modérés” sortent de leur modération et viennent nous expliquer leur position, car nous savons que comme les volcans, les religions connaissent toutes des spasmes de violences. Le christianisme et ses délires de croisades et ses purges d’inquisition. Aujourd’hui, l’islam et son réveil à la violence, poussé par des politiques “marionnettistes” avec leurs ficelles de misère. Si toutes les religions étaient des sphères privées et non pas des communautés dont les ressorts uniques sont l’attaque et la défense, le terme de modération n’existerait même pas, on n’aurait pas besoin d’une malhonnêteté intellectuelle pour cacher le réel.

Alors, comme pour l’alcool et la cigarette, la modération n’est qu’un mot qui cache toutes les transgressions possibles, qu’elles soient individuelles, communautaires ou étatiques. En fait, la modération c’est la permission de faire ce que l’on veut derrière les promesses et les convenances, c’est une façon de dédouaner les mensonges et de faire perdurer les misères du monde. Nous faudra-t-il retrouver l’excessive révolution : celle qui tue au nom du bonheur ?

par Henri Dalbos

L'Assomption ou être aux anges...

Les athées sont très heureux de cet "enlèvement de la vierge au ciel par les anges" puisque c'est ainsi que le Petit Robert définit l'Assomption. Le légende et ce que les lettrés appellent le merveilleux chrétien font bon ménage.

Acceptons que les chrétiens soient le 15 août de grands enfants, à la tête bourrée de légendes plus mystérieuses les unes que les autres, d'idées incroyables, ce qui est très fort pour un croyant, donc bref, soyons aux anges.

C'est vrai qu'à y réfléchir on se sent moins seul lorsque l'on croit. On a la force intérieure des imaginaires enfantins, l'espérance lumineuse d'un "inconnu connu". Ce n'est pas rien et cela porte tout chrétien à sortir de l'absurdité de naître pour mourir et de mourir pour rien. Plus fort que le père Noël, le Père Dieu, avec d'une main son unique cadeau paradisiaque et de l'autre son arme d'enfer.

C'est ainsi que le vol d'une vierge sanctifie l'espérance, que l'envol de cette femme donne aux chrétiens plus de hauteur qu'au simple athée, qui lui se vautre, tel un pourceau d'Epicure, dans la fange, la contingence du quotidien avec l'homme pour seul horizon et l'unique espoir qu'il s'améliore.

L'athée mène un combat d'homme à homme, le chrétien se livre, lui, à une acceptation d'un sacré qui coiffe le profane. Deux choix, deux voies, que l'on aimerait toujours en parallèle et non en lutte perpétuelle. Si l'athée pouvait faire la trêve du ciel et le croyant le rêve du divin. Au merveilleux chrétien peut se joindre le merveilleux humain, il ne devrait pas y avoir d'incompatibilité, sauf "mauvaise foi".

Henri Dalbos

Étienne de La Boétie - Discours de la servitude volontaire : Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres


Rédaction entre 1546 et 1555
Première publication partielle en 1574
Publication complète en 1576

Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres

« Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres ; n’en ayons qu’un seul ; qu’un seul soit le maître, qu’un seul soit le roi. »

Voilà ce que déclara Ulysse en public, selon Homère.
S’il eût dit seulement : « Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres », c’était suffisant. Mais au lieu d’en déduire que la domination de plusieurs ne peut être bonne, puisque la puissance d’un seul, dès qu’il prend ce titre de maître, est dure et déraisonnable, il ajoute au contraire : « N’ayons qu’un seul maître...»

samedi 17 août 2013

Nietzsche : Par delà le bien et le mal


"Toutes les valeurs dans lesquelles l'humanité résume actuellement ses plus hautes aspirations, sont des valeurs de décadence" assure Nietzsche dans l'Antéchrist qu'il ne faut pas prendre au sens littéral d'un imposteur maléfique qui tente de se substituer à Jésus-Christ mais qu'il faut considérer comme un pamphlet contre le christianisme et ses valeurs jugées décadentes. par Nietzsche. D'ailleurs le titre complet est "Der Antichrist. Fluch auf das Christentum" soit "L'Antéchrist, Imprécation contre le christianisme". En fait, le titre peut être traduit en français à la fois par « L'Anti-Christ » ou plus exactement par « L'Anti-chrétien ».

Dominée par le platonisme, relayé par le christianisme, la culture européenne obéit à des valeurs morales qui condamnent le sensible, particulièrement le corps, et posent comme objet de vénération, un imaginaire autre monde : celui de l'être pensé comme éternel, identique, comme "le vrai monde" ainsi que l'indique le Crépuscule des idoles. Or les pulsions condamnées par cette morale s'avèrent non seulement constamment à l'oeuvre dans les vertus que celle-ci célèbre, mais surtout indispensable au développement et à l'épanouissement de la vie. "Peut-être l'homme le plus nuisible est-il encore le plus utile, dans la perspective de la conservation de l'espèce ;  car il entretient chez lui, ou bien par son action, chez d'autres, des pulsions sans lesquelles l'humanité serait depuis longtemps avachie ou aurait pourri. (Le gai savoir)".

Bien et mal seraient donc plus apparentés qu'on ne le pense ? Si "tout ce qui en l'homme relève de la bête de proie et du serpent sert tout autant à l'élévation de l'espèce homme que son contraire (Par delà le Bien et leMal)" . Et que peut signifier une telle morale qui assimilant le sensible au mal, prescrit à des vivants de prendre pour condition de la vie la négation même de l'existence organique ? Un non adressé à la vie par la vie elle-même, ou par une des ses formes s'interroge Nietzsche.

N'est-ce pas du reste ce qu'indique sourdement le fanatisme de la vérité qui habite notre culture : S'il est vrai que nous vivions grâce à l'erreur que peut-etre en ce cas la volonté de vérité ? Ne devrait-elle pas être une "volonté de mourir ?" souligne-t-il ? (Fragments posthumes de 1885). La rectification de l'enquête philosophique conduit aussi à dévoiler que les valeurs avec lesquelles nous avons vécu sont des valeurs de mort qui entraînent l'humanité européenne sur la voie d'un lent suicide.

Ce diagnostic explique le projet nietzschéen de renversement des valeurs que le philosophe se doit de mettre en oeuvre. Il faut agir pense Nietzsche, sur les préférences, mal réglées, négatrices, pathologiques, qui sont source du nihilisme, enrayer la maladie du christianisme et lutter pour faire advenir "une puissance et une splendeur suprêmes, en soi possible du type d'homme (Généalogie de la morale).

En effet, les valeurs en soi ne sont ni vraies, ni fausses. Elles sont en revanche bénéfiques ou nuisibles et c'est bien cette grille d'analyse qu'il convient d'utiliser.

Richard Wagner - The Ring Without Words



"The Ring Without Words" - Symphonic Fantasy on Richard Wagner's tetralogy "The Ring of the Nibelung." Conductor - Lorin Maazel, Berlin Philharmonic. (Tetralogy (from the Greek. Tetra - four - and logos - word) - four works representing one common unit).
The famous maestro and a recognized interpreter of Wagner, Lorin Maazel has collected fragments of instrumental score of the four operas of the tetralogy "The Ring of the Nibelung." He did not finish a single note and did not change the order of scenes in the original. The result - 70 minutes of music without singing and words with grandiose "Siegfried's Journey on the Rhine," "Flight of the Valkyries", "funeral march" and "slaughter". Under this music get admiration by the conductor and the musicians of the Berlin Philharmonic Orchestra.
"The Ring Without Words" - one of the most ambitious musical projects ever held, which became a success in all respects. With its grand orchestration, with mythological subjects, and intense musical dramaturgy. "The Ring" - has changed the world of music, being one of the most difficult operas in history, and only the most distinguished orchestras were able to cope with this task.
One of the greatest orchestras in the world - the Berlin Philharmonic, has created an unprecedented interpretation of the music of Wagner and his contemporaries. The result was one of the most unique and innovative symphonic suite performed by one of the most respected orchestras in the world.

lundi 12 août 2013

Jose Miguel Moreno - Luth - Bach Chaconne et David Kellner

David Kellner (c.1670-1748) - Chaconne in A major.


Bach's Chaconne for lute and voice (Christ lag in Todesbanden) Partie 1


Bach - José Miguel Moreno

Sonata BWV 1001 - Adagio- Fuga


Bach : Fantaisie chromatique et fugue BWV 903 à la guitare par Jorge Caballero

Bach: Fantasia Cromática e Fuga


La version origonale pour clavier par Irakly Avaliani

Allemande from the Partita in A minor for flute

Paulo Martelli

Arrangment of Bach´s version of Marcello´s Oboe Concert in D for Harpsichord BWV 974


Bach: Sonata BWV 1001


Bach: Cello Suite n.2 BWV 1008


Paulo Martelli - J.S.Bach: BWV 1001 (entrevista: Samuel Carvalho)

samedi 3 août 2013

The hidden Origin of Islam

The Syro-Aramaic reading of the Koran: A contribution to the decoding of the language of the Koran by Christoph Luxenberg (Mar 2007)

jeudi 1 août 2013

Sans visage, pas de contrat social - Michel Serres

19 mars 2010 à 00:00



Par MICHEL SERRES Philosophe
Il était une fois un berger qui avait perdu un agneau. Parti à sa recherche, il pénétra dans une anfractuosité de rocher, où il découvrit, dans l’ombre, un tombeau ancien contenant un gisant qui portait à un doigt une bague. Comme nul ne le voyait, le berger déroba le bijou. Retrouva-t-il sa bête, nous ne le saurons jamais. Plus tard, au cours d’une réunion, alors qu’il jouait négligemment avec son nouvel anneau, surprise, quand le chaton passait sous son annulaire, il devenait invisible. Il comprit les avantages de la situation, pénétra chez les voisins, les cambriola, s’enrichit, visita le palais du roi, assassina le souverain, prit sa place et la reine, jamais repérable pour répondre de ses exactions, impuni. Nul ne pouvait deviner qui avait volé, violé, tué. Invisible, il voyait sans être vu. La visibilité oblige à répondre personnellement de ses actes : première assurance de sécurité publique ? Fondement du droit ?
Sécurité
Pourquoi fait-on un geste de la main pour dire bonjour à quelqu’un ? Pour lui montrer que l’on ne tient aucune arme. Pourquoi, aussi bien, lui serre-t-on la main ? Pour faire la preuve concrète que nous sommes tous deux désarmés. Ces gestes simples du corps assurent la paix entre nous. Inversement, cambrioleurs et criminels agissent le plus souvent de nuit, gantés, masqués, cagoulés. Voyant sans être vus, ils ne laissent pas de traces corporelles qui pourraient les faire reconnaître. Plus légèrement, dans les temps de carnaval, les loups permettent de se livrer, incognito, à des actes en temps ordinaires peu permis. Le masque de théâtre, modelé pour représenter des visages de personnages formatés : le vieux, l’avare, le soldat… nos anciens l’appelaient persona.Lisses, loups et voiles sont des personae qui protégent l’anonymat de la personne. La personne a trait au visage.
Identité
Qu’est-ce que l’identité ? A quoi reconnaît-on une personne ? Au visage : ce mot signifie qu’elle voit ET qu’elle est vue. Qu’elle change d’habits, de fortune, d’attitude, d’âge, de fonction ou de nom, elle change peu de visage, sauf chirurgie esthétique excessive. Il la rend reconnaissable ; quiconque, ainsi, peut la repérer. «A visage découvert», cette expression veut dire : loyalement, sans mentir ni se cacher.
Ainsi, au moins en droit français, une carte de crédit ne garantit point l’identité ; valent, au contraire, la carte d’identité, le permis de conduite ou le passeport… parce que les trois portent une reproduction du visage de ladite personne, non les cartes bancaires.
De même, en démocratie, chacun vote à bulletin secret, qu’il décide et choisit sous le voile de l’isoloir, mais, au préalable, un jury ad hoc a vérifié son identité, en comparant sa carte d’électeur et sa présence à visage découvert. Le visage seul témoigne de l’identité, parce qu’il est son équivalent concret, par corps ; mieux encore, il est la publication, la publicité, l’exposé public de l’identité de la personne.
Pourquoi, dans la plupart des cultures du monde, et quels qu’y soient les usages vestimentaires, le visage et les mains bénéficient, le plus souvent seuls, de la nudité ? Parce qu’ils garantissent la sécurité publique et l’identité des personnes privées en public. Dans certains pays d’Asie, un étranger passe pour un fantôme : il n’a pas existence publique. En tant qu’il est vu et visible par tous, le visage assure le passage de l’individuel au collectif.
Pourquoi la burqa intéresse-t-elle ? Pour deux raisons, usuellement évoquées :
- pour les immigrants, l’adaptation, sinon l’obéissance, aux lois du pays hôte. Etant moi-même un travailleur émigré, il ne me viendrait jamais à l’esprit de désobéir ou ne pas vouloir m’adapter aux lois du pays qui m’emploie ;
- pour les femmes, la violence qui leur est faite, et le déni de l’égalité, si rare, quoiqu’humaine, entre les sexes.
Aussi importantes que soient ces raisons - capitales toutes deux -, compte tout autant cette découverte, si j’ose dire, de la fonction décisive du visage dans la construction du collectif comme tel, d’abord, du droit public ensuite.
Personne privée, personne publique, droit
Qui suis-je, en effet, pour les autres ? Je vis devant eux, face à eux. Quelle personne suis-je, donc, en public ? Celle que tout le monde doit pouvoir reconnaître. Or, on ne la reconnaît qu’en face. Que veut dire : vivre ensemble ? Mieux encore, qu’est-ce que le collectif ? Un ensemble de face-à-face. Qui refuse cette reconnaissance corporelle d’identité se place hors le collectif. Ainsi, à partir du visage, on peut décrire le passage du privé au public et du collectif au droit.
Ceux que l’on peut reconnaître par corps, donc par le visage, passent du statut de personnes privées - elles voient - à celui de personnes publiques - elles sont vues - pour accéder, par là, au statut de sujets de droit, reconnus. Inversement, sans cette reconnaissance réciproque par corps, il n’y a collectif ni contrat social ni droit. Obliger une personne à recouvrir son visage revient à la réduire à une personne privée, à lui retirer toute existence publique et le statut de sujet de droit. En faire un fantôme, sans responsabilité ni sécurité. Le visage est le fondement de la société civile.