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mercredi 10 janvier 2018

mardi 8 mars 2016

Le génie d'Epicure

Le génie d'Epicure réside dans une idée simple, brève, efficace, terriblement efficace :

Si je suis là, la mort n’y est pas, si elle est là, je n’y suis plus.

En effet, la mort en acte n'est pas l’idée de la mort, la première est moins présente dans une vie, (car elle peut être brève, immédiate, inconsciente, subite) que la seconde (qui peut pourrir ma vie par l’angoisse, la crainte, l’inquiétude, l’effroi).

Il faut, en attendant le jour de ma mort qui ne manquera pas d’advenir mais qui n’est pas d’immédiate actualité, vivre car la véritable certitude n’est pas l’existence d’une vie après la mort, mais celle d’une vie avant la mort et qu’il faut en faire le meilleur usage.

Si je rajoute que je dois vivre ma vie en aimant mon prochain comme moi même, tout est dit... Epicure et Jésus, l'alpha et l'oméga de la philosophie...

lundi 9 février 2015

La grande question du mal

Comment imaginer qu'un Dieu tout puissant, omniscient ait voulu l'horreur, la souffrance et l'atrocité... Soit il n'est pas bon et il n'est pas Dieu, soit il n'est pas tout-puissant et dans ce cas Il est imparfait : est-ce encore un Dieu ?
Dit autrement par Epicure et rapporté par Lactance (De Ira Dei, chap. 13) : « Ou bien Dieu veut éliminer le mal et ne le peut ; ou il le peut et ne le veut ; ou il ne le veut ni ne le peut ; ou il le veut et le peut. S’il le veut et ne le peut,il est impuissant, ce qui ne convient pas à Dieu ; s’il le peut et ne le veut, il est méchant, ce qui est étranger à Dieu. S’il ne le peut ni ne le veut, il est à la fois impuissant et méchant, il n’est donc pas Dieu. S’il le veut et le peut, ce qui convient seul a Dieu, d’où vient donc le mal, ou pourquoi Dieu ne le supprime-t-il pas ? ».


Quel est ce Dieu tout-puissant qui est impuissant ?

Roger VERCELLINO-ARIS*
«Ou DIEU veut supprimer les maux et ne le peut; ou il le peut et ne le veut; ou il le veut et le peut. S’il le veut et ne le peut, il est impuissant. S’il le peut et ne le veut, il est méchant. S’il le veut et le peut, d’où viennent donc les maux et pourquoi ne les supprime-t-il pas?»
Epicure, d’après Lactance (De Ira Dei, chap. 13)

mercredi 12 novembre 2014

Epicure : encore et toujours

Épicure – du grec epikouros, «celui qui secourt» – est né en 341 av. J.-C. à Athènes ou à Samos (île grecque proche de l’actuelle Turquie), où il passe sa jeunesse. De père instituteur, il se tourne très tôt vers la philosophie, à l’âge de 14 ans. 



Selon Diogène Laërce, auteur des Vies et doctrines des philosophes illustres, le mépris qu’il éprouve pour ses premiers professeurs – incapables de lui expliquer la signification du chaos dans la Théogonie d’Hésiode – et la lecture de l’atomiste Démocrite ont motivé ce choix. 

Pour vivre heureux… selon Marcel Conche

Les théories atomistes d’Épicure permettent de nous recentrer sur nos désirs véritables, de ne plus craindre la mort et de mener une vie selon la nature en privilégiant l’amitié.

Si les hommes étaient heureux, la philosophie serait inutile. La vraie philosophie est une médecine qui assure la «santé de l’âme» et procure le «bonheur» (eudaimonia). Elle use d’un médicament, le tetrapharmakos. Le tetrapharmakos usuel est un onguent composé de quatre ingrédients: cire, suif, poix et résine. Celui du philosophe est composé de quatre vérités: sur les dieux, sur la mort et l’au-delà, sur la nature des désirs, sur la douleur. De là quatre remèdes: le premier nous délivre de la crainte des dieux, le second de la crainte de la mort. L’un et l’autre supposent le système des atomes, qu’il nous faut d’abord exposer.

« Un atome n’est jamais en repos, il est en mouvement éternel dans le vide »

vendredi 12 septembre 2014

La sagesse épicurienne : le plaisir amène le bonheur

Selon Épicure, les désirs et les plaisirs jouent un rôle de premier rang pour conduire l’homme vers son objectif de tous les instants : être heureux. Mais pas n’importe quels plaisirs. Ils n’ont pas tous la même valeur. Il y a ceux qui apportent la souffrance ou la douleur et ceux qui, au contraire, apportent la paix de l’âme. Les plaisirs instables sont exclus car pour être bon, un plaisir doit être stable.

A cette époque-là, le débat sur le désir était partagé. Ainsi, on véhiculait deux visions différentes : pour certains, le désir était quelque chose de bon et naturel, tandis que d’autres le considéraient comme néfaste pour l’homme. Épicure change le sens du débat, car pour lui, tous les désirs ne sont pas bons. Il y a des désirs qui sont vraiment bons menant au bonheur (l’amitié, se nourrir, se loger) et d’autres à éviter car mènent au malheur(l’argent, les honneurs, le pouvoir).

Lettre à Ménécée
" Il faut donc étudier les moyens d’acquérir le bonheur, puisque quand il est là nous avons tout, et quand il n’est pas là, nous faisons tout pour l’acquérir. [...]
Parmi les désirs nécessaires, certains sont nécessaires au bonheur, d'autres à la tranquillité durable du corps, d'autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et tout rejet à la santé du corps et à la sérénité de l'âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse et que toutes nos actions ont pour but d’éviter à la fois la souffrance et l'angoisse. [...]

Epicure - Lettre à Ménécée 2

Lettre à Ménécée (extrait court)

[...]

Il faut donc étudier les moyens d’acquérir le bonheur, puisque quand il est là nous avons tout, et quand il n’est pas là, nous faisons tout pour l’acquérir. [...]

Habitue-toi à penser que la mort n’est rien pour nous, puisque le bien et le mal n’existent que dans la sensation, et que la mort est l'éradication de nos sensations. [...] Celui qui déclare craindre la mort non pas parce qu’une fois venue elle est redoutable, mais parce qu’il est redoutable de l’attendre est donc un sot. [...] Ainsi donc, la mort n’est rien pour nous, puisque tant que nous vivons, la mort n’existe pas. Et lorsque la mort est là, alors, nous ne sommes plus ! [...]

Parmi les désirs nécessaires, certains sont nécessaires au bonheur, d'autres à la tranquillité durable du corps, d'autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et tout rejet à la santé du corps et à la sérénité de l'âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse et que toutes nos actions ont pour but d’éviter à la fois la souffrance et l'angoisse. [...]

Le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C'est lui que nous avons reconnu le premier des biens naturels, c’est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c’est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien.

mardi 5 août 2014

Qui était Epicure?


Par , publié le 

Epicure est, avec Spinoza peut-être, l'un des philosophes qui a été le plus calomnié et cela à toutes les époques, excepté la nôtre qui, caractérisée par une morale utilitariste orientée vers le bien-être, considère avec bienveillance une doctrine qui donne au plaisir une place centrale. Même si la sagesse d'Epicure n'est pas toujours bien comprise - le plaisir épicurien n'est pas la débauche du glouton -, on ne la condamne plus au prétexte de son hédonisme. Quoi qu'il en soit, Epicure dont les préceptes ont pour but déclaré d'assurer à chacun la "tranquillité" de l'âme - la fameuse ataraxie - n'a pas laissé de susciter dès son vivant les critiques les plus vives, voire de franches insultes. Ce philosophe, dont l'une des devises était "Vis caché", n'avait pourtant rien d'un trublion ou d'un agitateur, quand bien même, à en croire Diogène Laërce dans sesVies et doctrines des philosophes illustres, il lui serait arrivé d'avoir recours à l'invective. N'aurait-il pas traité son "maître" Nausiphane de "méduse", d'"illettré", de "mystificateur" et de "putain", les sectateurs de Platon de "lèche-Denys" ou Aristote de "marchand de drogue" ? (Diogène Laërce, X 8) 

samedi 10 mai 2014

Marcel Conche : Pour vivre heureux selon les préceptes d'Epicure


Les théories atomistes d’Épicure permettent de nous recentrer sur nos désirs véritables, de ne plus craindre la mort et de mener une vie selon la nature en privilégiant l’amitié.

Si les hommes étaient heureux, la philosophie serait inutile. La vraie philosophie est une médecine qui assure la « santé de l’âme » et procure le « bonheur » (eudaimonia). Elle use d’un médicament, le tetrapharmakos. Le tetrapharmakos usuel est un onguent composé de quatre ingrédients : cire, suif, poix et résine. Celui du philosophe est composé de quatre vérités : sur les dieux, sur la mort et l’au-delà, sur la nature des désirs, sur la douleur. 

De là quatre remèdes : le premier nous délivre de la crainte des dieux, le second de la crainte de la mort. L’un et l’autre supposent le système des atomes, qu’il nous faut d’abord exposer.

vendredi 24 mai 2013

Epicure - Sentence Vaticane N°27



J'ai toujours pensé que, dans la vie, souvent ce qui compte ce n'est pas le but , le résultat, mais la démarche, le cheminement, l'apprentissage, la découverte. En somme ce qui est important pour nous c'est la quête, pas le Graal. Nous trouvons notre récompense, notre dose de plaisir, de bonheur, dans la quête pour la quête.

Eh bien je viens de découvrir que mon vieux maître Epicure avait déjà formulé ce constat dans ses "Sentences vaticanes" sous cette forme :

« Dans les autres occupations, la jouissance vient une fois qu’elles ont été menées à bien, mais, en philosophie, le plaisir va du même pas que la connaissance : car ce n’est pas après avoir appris que l’on éprouvons la joie, mais pendant la recherche même. » Epicure - Sentence Vaticane N°27

samedi 11 août 2012

Empédocle, un précurseur de Darwin


Empédocle est à la fois philosophe, médecin, poète, physicien et démocrate grec du 5ème siècle Avjc. Il est le créateur du concept d’élément (eau, terre, feu, air). Selon lui, ces éléments (déjà décrits individuellement par Thalès, Héraclite, Anaximène) sont la combinaison de la vie : tout corps ou toute matière est composée d’un mélange de ces quatre « éléments » : l’eau (désigné par Perséphone, épouse d'Hadès), la terre (désignée par Zeus, dieu de la lumière céleste), l’air (désigné par Héra, épouse de Zeus), le feu (désigné par Hadès, dieu des enfers). Ces éléments répondent aux apparences et aux états de la matière. Par exemple, la terre représente l'état solide et la sécheresse. L'eau, l'état liquide et le froid. L'air, l'état volatil et gazeux. Et enfin, le feu représente la lumière et la chaleur. Tels sont, pour Empédocle et ses successeurs, les éléments de l'Univers.

Deuxième notion: l'Amour et la Haine.Les éléments sont à l’origine de l’Amour et de la Haine. «Tantôt l'amour réunit tout en un ; et tantôt la haine divise tout en deux. » Grace à l'Amour, ils forment une unité homogène, alors que la Haine les sépare. Lorsque ces deux forces entrent en conflit, le mélange fait surgir les choses matérielles. L’idée de l’Amour et de la Haine chez Empédocle signifie que le monde est un devenir qui passe par l’unité et la séparation.

Autres théories:
Il est également l'un des premiers à s'interroger sur les possibles transformations des âmes et à soutenir la métempsycose : c'est-à-dire la réincarnation de l'âme après la mort du corps, dans un corps humain, végétal ou animal.

Il formule également une théorie primitive de l'évolution, affirmant que les hommes et les animaux se sont développés à partir de formes antérieures: des trompes sans cou, des bras sans épaule, des êtres avec deux visages et deux torses etc : des monstres qui périrent.

On reconnaît aussi à Empédocle le mérite d’avoir prouvé l’existence de l’air. Dans un fragment de son traité qui nous est parvenu, il explique que « si une petite fille prend un récipient de cuivre et en bouche l’ouverture avec sa main, le retourne et l’enfonce dans l’eau, celle-ci n’y pénètre pas car l’air contenu dans le récipient l’en empêche en la repoussant ».
Il découvre aussi la force centrifuge en constatant que si l’on faisait tourner un seau plein d'eau au bout d’une corde, l’eau adhère au fond et ne tombe pas.

mardi 7 août 2012

Lucrèce - De Natura Rerum

Lucrèce est un contemporain de Cicéron (106-43) et de César (100-44). Il n'a donc pas connu Epicure qui est né 240 ans plus tôt, en 341 avant Jésus Christ.

Lucrèce est le chantre latin de l'Épicurisme. Son long poème (6 chants ; quelque 7.400 vers) est même l'exposé d'ensemble le plus détaillé qui nous soit resté de ce système philosophique. Le poète latin nourrissait d'ailleurs pour son maître (qu'il ne cite cependant jamais par son nom) une admiration sans bornes et une ferveur enthousiaste, particulièrement visibles dans les prologues brillants qui ouvrent quatre des six chants. 

Le titre de l'oeuvre de Lucrèce, De natura rerum (littéralement : "de la nature des choses"), traduit le titre grec de l'ouvrage perdu d'Épicure : Peri physeôs ("De la nature"), sur la physique, où le philosophe étudiait, en 37 livres, la genèse et la constitution des êtres, soit inanimés, soit animés.

Le poème se présente comme une tentative de « briser les forts verrous des portes de la nature », c’est-à-dire de révéler au lecteur la nature du monde et des phénomènes naturels. Selon Lucrèce, qui s'inscrit dans la tradition épicurienne, cette connaissance du monde doit permettre à l'homme de se libérer du fardeau des superstitions, notamment religieuses, constituant autant d'entraves qui empêchent chacun d'atteindre l'ataraxie, c’est-à-dire la tranquillité de l'âme.
  • Les Livres I et II sont consacrés aux atomes et aux formations des corpuscules.
  • Les Livres III et IV sont consacrés aux hommes.
  • Les Livres V et VI sont consacrés au monde de façon plus générale.

Les liens vers l'ouvrage :









mardi 24 juillet 2012

Horace - Ode à Leuconé - 1.11 - Carpe diem

"Ne cherche pas à savoir, Leuconoé, quelle fin les dieux ont assignée à l'un ou à l'autre. Cette connaissance nous est interdite. N'interroge plus ces nombres magiques venus de Babylone.

Comme il est préférable d'accepter ce qui doit arriver, que Jupiter nous accorde encore bien d'autres hivers, ou que notre dernier soit celui-ci qui voit maintenant la mer Tyrrhénienne déferler sur les brisants du rivage.

Tu ferais bien mieux de remplir nos coupes de vin léger et de réduire tes lointaines espérances à la mesure de notre courte durée.

Pendant que nous parlons, le temps jaloux a fui. Cueille donc le jour présent, sans trop te fier au lendemain."

En latin ça donne :

lundi 23 juillet 2012

Mangeons et buvons

« Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons. » Paul - 1 Corinthiens 15:32. 


Si c'est l'avorton de Dieu qui le dit alors mangeons, buvons et b... ;)

Epicurisme et christianisme

« La foi est l’attente assurée de choses qu’on espère, la démonstration évidente de réalités que pourtant on ne voit pas. » Epitre de Paul aux Hébreux 11:1.

La Bible met l’accent sur un avenir éternel qu'on espère et non sur un présent éphémère que l'on doit savourer jusqu'à la dernière miette. Les motivations fondamentales de l’épicurisme et celles du christianisme sont inconciliables.

Lucrece - De natura rerum - Ode à Vénus

Un magnifique poème païen, une ode à Vénus, déesse de l'amour et de la fécondité, qui ouvre le De rerum natura de Lucrèce, un poète romain disciple d'Epicure.


On dirait une prière, mais c'est en fait un hymne à la nature, à la pulsion de vie, à l'amour, à cette force aveugle et irrépressible qui pousse l'ensemble du vivant, plantes et animaux, à s'unir et à se reproduire : "Sitôt que le printemps vient égayer les jours... Tous les oiseaux du ciel célèbrent ton retour, Ô Déesse, frappés au cœur par ta puissance ! Les bêtes, les troupeaux s’ébattent dans les prés, Traversent les torrents : enivré de ton charme,
"Chacun brûle d’aller où ta force l’entraîne. Par les mers et les monts, par les fleuves avides, A travers les forêts, les plaines verdoyantes, Lançant dans tous les cœurs les doux traits de l’amour, Tu transmets le désir de perpétuer l’espèce. "
Le poème dans son intégralité :

"Notre mère, plaisir des hommes et des Dieux,
Douce Vénus, dessous le ciel partout féconde
Dans le très haute mer, sur les terres fertiles,
C’est grâce à toi que tout vivant est engendré
Et découvre en naissant la clarté du soleil,
Toi, divine, qui fait fuir les vents, les nuages,
A qui la terre artiste offre un tapis de fleurs,
C’est pour toi que la mer se transforme en sourire
Quand le ciel apaisé resplendit de lumière.
Sitôt que le printemps vient égayer les jours,
Dès qu’un zéphir fécond retrouve sa vigueur,
Tous les oiseaux du ciel célèbrent ton retour,
Ô Déesse, frappés au cœur par ta puissance !
Les bêtes, les troupeaux s’ébattent dans les prés,
Traversent les torrents : enivré de ton charme, 
Chacun brûle d’aller où ta force l’entraîne.
Par les mers et les monts, par les fleuves avides,
A travers les forêts, les plaines verdoyantes,
Lançant dans tous les cœurs les doux traits de l’amour,
Tu transmets le désir de perpétuer l’espèce.
Puisque tu suffis seule à régir la nature,
Que sans toi rien n’accède à la clarté divine,
Que rien en s’accomplit de joyeux ni d’aimable,
J’ai besoin de ton aide afin de composer 
Ce long poème sur la nature des choses…
Donne-lui, Ô Déesse, une grâce éternelle !"

Le poème continue et à Vénus, déesse du désir et de l'amour, Lucrèce oppose Mars, Dieu des armées, de la violence et de la guerre. C'est comme une pietà (cf; photo) mais laïque et sensuelle. Vénus sans doute assise, porte sur ses genoux le buste renversé de son amour divin, lui même assis à ses pieds ou étendu à côté d'elle, qu'elle soutient de ses bras ou l'enlace, vers lequel elle se penche et qui la regarde... Le tableau aussi suggestif soit-il ne doit pas faire oublier l'essentiel. La mythologie n'est ici qu'un matériau rhétorique ou symbolique qu'il s'agit d'exploiter philosophiquement - au service de la vérité, de la paix et du poème. Vénus et Mars ne sont pas des Dieux pour Lucrèce, ils sont la personnification de forces anonymes, à la fois opposées et solidaires en action dans la nature (le plaisir et la vie, d'un côté - la violence, la guerre et la destruction de l'autre) qui n'ont rein de surnaturel ni de religieux.

La suite du poème :

 

"Obtiens que les travaux féroces de la guerre
S’assoupissent partout, sur la terre et sur mer.
Tu peux seule aux mortels donner la douce paix,
Puisque c’est Mars, le Dieu des armes, qui préside
Aux batailles. Tu sais qu’il aime à se blottir
Entre tes bras, vaincu par l’amour éternel.
La nuque posée sur ton sein, levant les yeux
Vers toi, ivre d’amour et de désir, le corps
Renversé, il suspend à tes lèvres son souffle.
Couvre-le de ton corps sacré, enlace-le,
Déesse, berce-le de tes mots les plus doux :
Demande-lui la paix pour le peuple romain."

LUCRECE – De rerum natura

On est loin très loin du Notre Pères des catholiques, un acte de soumission et de dévotion aveugle :

"Notre Père, qui es aux cieux,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite
Sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour
Pardonne-nous nos offenses,
Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés
Et ne nous soumets pas à la tentation,
Mais délivre-nous du mal.
Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles."