La Fontaine fut l'un des premiers à reconnaitre le substrat indien de la civilisation grecque :
"De cette sorte de prochain (une souris), nous nous soucions peu.
Mais le peuple brahmin (les Hindous), le traite en frère.
Ils ont en tête que notre âme, au sortir d'un roi,
Entre dans un ciron*, ou dans telle autre bête, qu'il plait au sort.
C'est là l'un des points de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère."
Mais le peuple brahmin (les Hindous), le traite en frère.
Ils ont en tête que notre âme, au sortir d'un roi,
Entre dans un ciron*, ou dans telle autre bête, qu'il plait au sort.
C'est là l'un des points de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère."
(La Fontaine, La souris métamorphosée en fille)
*Ciron : acarien ; on le croyait, à l’époque, le plus petit des animaux
Le poème complet :
La Souris métamorphosée en filleLivre IX - Fable 7
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W. Aractingy
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Une souris tomba du bec d'un chat-huant:
Je ne l'eusse pas ramassée; Mais un bramin le fit : je le crois aisément ; Chaque pays a sa pensée. La souris était fort froissée. De cette sorte de prochain Nous nous soucions peu ; mais le peuple bramin Le traite en frère. Ils ont en tête Que notre âme, au sortir d'un roi, Entre dans un ciron, ou dans telle autre bête Qu'il plaît au sort: c'est là l'un des points de leur loi. Pythagore chez eux a puisé ce mystère. Sur un tel fondement, le bramin crut bien faire De prier un sorcier qu'il logeât la souris Dans un corps qu'elle eût eu pour hôte au temps jadis. Le sorcier en fit une fille De l'âge de quinze ans, et telle et si gentille, Que le fils de Priam pour elle aurait tenté Plus encor qu'il ne fit pour la grecque beauté. Le bramin fut surpris de chose si nouvelle. Il dit à cet objet si doux : «Vous n'avez qu'à choisir ; car chacun est jaloux De l'honneur d'être votre époux. - En ce cas, je donne, dit-elle, Ma voix au plus puissant de tous. - Soleil, s'écrie alors le bramin à genoux ; C'est toi qui seras notre gendre. - Non, dit-il, ce nuage épais Est plus puissant que moi, puisqu'il cache mes traits ; Je vous conseille de le prendre -Eh bien! dit le bramin au nuage volant, Es-tu né pour ma fille ? - Hélas ! non ; car le vent Me chasse à son plaisir de contrée en contrée: Je n'entreprendrai point les droits de Borée. » Le bramin fâché s'écria : « Ô vent, donc, puisque vent y a Viens dans les bras de notre belle ! » Il accourait: un mont en chemin l'arrêta. L'éteuf passant à celui-là, Il la renvoie, et dit :« J'aurais une querelle Avec le rat, et l'offenser Ce serait être fou, lui qui peut me percer. » Au mot de rat, la Damoiselle Ouvrit l'oreille: il fut l'époux. Un rat ! un rat : c'est de ces coups Qu'Amour fait ; témoin telles et telle : Mais ceci soit dit entre nous.
On tient toujours du lieu dont on vient ; Cette fable
Prouve assez bien ce point ; mais, à la voir de près, Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits : Car quel époux n'est point au soleil préférable, En s'y prenant ainsi ? Dirai-je qu'un géant Est moins fort qu'une puce? elle le mord pourtant. Le rat devrait aussi renvoyer pour bien faire La belle au chat, le chat au chien, Le chien au loup. Par le moyen De cet argument circulaire, Pilpay jusqu'au soleil eût enfin remonté ; Le soleil eût joui de la jeune beauté. Revenons, s'il se peut, à la métempsycose : Le sorcier du bramin fit sans doute une chose Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté. Je prends droit là-dessus contre le bramin même ; Car il faut, selon son système, Que l'homme, la souris, le ver, enfin chacun Aille puiser son âme en un trésor commun : Toutes sont donc de même trempe ; Mais agissant diversement Selon l'organe seulement L'une s'élève et l'autre rampe. D'où vient donc que ce corps si bien organisé Ne put obliger son hôtesse De s'unir au soleil ? Un rat eut sa tendresse.
Tout débattu, tout bien pesé,
Les âmes des souris et les âmes des belles Sont très différentes entre elles ; Il en faut revenir toujours à son destin, C'est à dire à la loi par le ciel établie : Parlez au diable, parlez à la magie, Vous ne détournerez nul être de sa fin. |
Bramin : religieux hindou, successeur des anciens brahmanes.
Froissée : meurtrie, blessée.
Ciron : acarien ; on le croyait, à l’époque, le plus petit des animaux.
L'un des points de leur loi: Un des points de leur doctrine.
Pythagore : (Samos vers 570 - Métaponte vers 480 av. J.-C.) -Philosophe et mathématicien grec, fondateur d'une école mathématique et mystique, l'école pythagoricienne.
Priam : Dernier roi de Troie, père de Pâris, de Cassandre et d’Hector. A la mort de ce dernier, Priam réclamera son corps à Achille. Le fils de Priam dont il est question dans ce texte est Pâris qui enleva Hélène, amenant ainsi la guerre de Troie.
La grecque beauté: La belle Hélène de Troie.
Borée : le dieu du vent du Nord (voir « Phébus et Borée », livre VI, fable 3).
Eteuf (de « étoffe ») : balle du jeu de paume. Signifie ici : « La balle étant dans ce camp... ».
Sophisme: Raisonnement erroné malgré son apparente vérité.
Métempsycose: Transmigration des âmes.
L’organe : le corps.
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