mardi 25 décembre 2012

Les fêtes solsticiales

LES FETES SOLSTICIALES
SAINT JEAN d’ETE ET SAINT JEAN d’HIVER

1. UN PEU D’ASTRONOMIE

Les hommes conscients de la régularité des cycles de la lune et du soleil qui rythment la vie et la nature ont organisé leur existence au gré des saisons et ont créé des fêtes en lien avec le déplacement des planètes, surtout au moment des solstices et des équinoxes.

Il est de tradition de fêter :
- le solstice d’été entre les 20 et 22 juin de chaque année, auquel fait écho la fête de Jean le baptiste, le 24 juin, la St Jean d’été ;
- le Solstice d'hiver entre les 20 et 22 décembre, une date proche du 27 décembre qui est la fête de Jean apôtre et évangéliste, c’est ce que nous appelons la St Jean d’hiver.
Solstice d'été
Le solstice d'été marque entre les 20 et 22 juin de chaque année, la date où le Soleil atteint son point le plus élevé dans l’hémisphère nord et darde ses rayons à la verticale du Tropique du Cancer, qui est matérialisé à 23°26’ degré au nord de l'Equateur. Il semble se tenir immobile sur ce parallèle, ce que traduit l’étymologie du mot solstice qui vient du latin solstitium, de sol, « soleil », et sistere, « s'arrêter, retenir », avant de commencer son voyage vers le sud. Au moment de l’équinoxe d’automne, autour du 21 Septembre, le Soleil traverse l'équateur et entre dans l’hémisphère sud. Pendant les trois mois suivants, le Soleil continue de perdre de la hauteur. Les jours commencent à raccourcir et à devenir froids.
Solstice d'hiver
Le solstice d'hiver marque entre les 20 et 22 décembre de chaque année, le moment où le Soleil atteint son point le plus au sud et darde ses rayons à la perpendiculaire du Tropique du Capricorne, à 23°26’ au sud de l'équateur et semble à nouveau « se tenir immobile » pendant trois jours avant de remonter vers le nord. Pendant les trois mois suivants, les jours commencent à rallonger et le Soleil s’élève vers le nord jusqu'à ce qu'il traverse à nouveau l'équateur à l'équinoxe de printemps. Symboliquement, le solstice d'hiver et sa célébration symbolisent la fin de la descente vers les ténèbres, synonyme d'ignorance, et le début de la remontée vers la Lumière.

23°26, une de ces grandes constantes de l’Univers sans lesquelles l’homme ne serait pas ce qu’il est. Si la Terre était plus inclinée par rapport à l’axe des pôles célestes, les contrastes saisonniers seraient encore plus forts et si elle ne l’était pas, il n'y aurait pas de saisons.

Dans le système solaire, les planètes ont des orbites qui se situent toutes à peu près dans le même plan. Celui de la Terre est appelé l'écliptique. Chaque planète tourne en outre autour de son axe de rotation, phénomène à l'origine de la succession des jours locaux de chaque planète. Cet axe de rotation n'est jamais perpendiculaire au plan orbital de la planète, mais incliné d'un certain angle, très variable suivant les planètes du système solaire.

C’est l’astronome et mathématicien grec Ératosthène (v. 276 - v. 194 av. J.-C.) qui fut le premier à démontrer l'inclinaison de l'écliptique sur l'équateur qui a, dans la phase actuelle, une valeur de 23°26’.




2. LA TRADITION

Les fêtes solsticiales n'ont pas été inventées par le christianisme, elles sont bien plus anciennes. On peut penser que dès les origines, lorsque l'homme prend conscience de la mort, qu'il observe l'alternance des saisons, il fête ces moments exceptionnels; celui où le soleil est à son zénith, le solstice d'été et celui où il est au plus bas, le solstice d'hiver. La célébration des solstices se retrouve d'une façon ou d'une autre dans toutes les traditions.

Les fêtes de la St Jean nous indiquent les deux modalités de notre chemin vers la Lumière, semence et moisson, mort et vie, pensée et action. L'un, fêté au solstice d'hiver, nous ouvre la voie de l'approfondissement intérieur, du travail silencieux sur soi-même, l'autre, fêté au solstice d'été, porte à témoigner, à agir, à construire notre œuvre.

Mais de même qu'à la St Jean d'hiver les jours commencent à croître annonçant la St Jean d'été qui elle même conduit de nouveau à la St Jean d'hiver, la vie n'est probablement qu'une perpétuelle interaction de l'approfondissement et de l'ouverture, comme une respiration faite d'inspiration et d'expiration quand s'ouvre devant nous le vaste domaine de la pensée et de l'action.

Les deux fêtes sont célébrées de nos jours de façon très contrastées. Alors que la Saint Jean d’été est une fête d'extérieur, à la fonction sociale affirmée par les "feux de joie", les bûchers de la Saint Jean, la Saint-Jean d’hiver est une fête d'intérieur, toute familiale qui s'est longtemps manifestée autour d'une bûche dans la cheminée.

2.1 MITRHA – SOL INVICTUS
Le mythe de la Saint Jean d’hiver se retrouve dans le culte de Mithra. Qualifié de Soleil invaincu (“Sol invictus”), Mithra est né un 25 décembre, jour de la célébration de la renaissance du Soleil (“Natalis Solis”), trois jours après le solstice d'hiver. Mithra était censé surgir d'un rocher ou d'une grotte sous la forme d'un enfant nouveau-né.

L'empereur Aurélien (270-275) lui assure une place officielle à Rome en proclamant que le Soleil invaincu est le patron principal de l’Empire romain et en faisant du 25 décembre une fête officielle.

Un de ses successeurs, Constantin Ier (272-337), fut au début de son règne adepte du Soleil invaincu. Cet Empereur Romain est le premier à se convertir au christianisme ; non seulement il marque la fin d'une ère de persécution des chrétiens, mais il aide l'Église chrétienne à prendre son essor, en établissant la liberté de culte par le biais de l'édit de Milan, et en plaçant le Dieu chrétien au-dessus de son rôle d'Empereur à l'instar du Sol Invictus. Par la promotion du christianisme, il entraîne l'extinction du culte de Mithra.

Les évangiles ne donnent aucune précision quant à la date de la naissance du Christ, d’ailleurs les premiers chrétiens ne fêtaient pas la naissance de Jésus comme le font les pratiquants d’aujourd'hui. Théologiquement, la royauté du Christ n'étant pas de ce monde, les chrétiens primitifs refusaient de célébrer cette naissance ainsi qu'on le faisait à l'époque pour un souverain temporel.

Il aura fallu attendre plus de trois siècles et demi pour que Noël devienne une fête religieuse officielle et encore deux siècles pour que cette fête soit généralisée. Très opportunément l’église a fait coïncider la fête païenne du Soleil Invaincu avec la naissance de Jésus. La naissance du Christ à Bethléem fut officiellement fixée en 354, par le pape Libère, au 24 décembre.

Certaines personnes diront que le solstice d'hiver, c'est le 21 décembre et non le 25! C'est exact. Par contre, ils ignorent sans doute le fait que la date du 25 décembre est due à une erreur de calendrier commise par l'astronome Sosigène d'Alexandrie en 46 avant JC! Le calendrier dit "Julien" initié par Jules César était en effet en retard de quelques jours par rapport à la réalité; les différents solstices étaient ainsi fixés pour le printemps au 25 mars, l'été au 24 juin, l'automne au 24 septembre et l'hiver au 25 décembre! Les chrétiens ont donc décidé de fêter la naissance de Jésus cette date afin de supplanter les autres rites; car durant les premiers siècles, les chrétiens ne fêtaient pas la naissance du Christ, ou du moins de son mythe. La date du 25 décembre a ainsi été décidée par le Pape Jules 1er en 340 pour des raisons purement tactiques!

2.2 JANUS
Les fêtes solsticiales renvoient également au symbolisme romain de Janus (de “janua” qui signifie « porte », rien à voir au plan étymologique avec Jean qui provient de l’hébreu Yohannan, « qu’il soit couvert de grâces »). La dénomination de janvier, mois par lequel s'ouvre l'année, provient du nom de ce Dieu romain. Janus est le dieu de l’initiation qui préside à la transition d'un état à un autre qui assure enfin le passage du monde des hommes à celui des dieux.

Janus, le dieu à double visage, regarde à la fois en direction de la phase ascendante et de la phase descendante du soleil. Il est le gardien des portes solsticiales ouvrant sur ces deux phases et le détenteur de deux clés qui sont ses principaux attributs. La clé d'or ouvre ou ferme la voie ascendante vers la lumière ou la connaissance spirituelle ; la clé d'argent ouvre ou ferme la voie descendante vers l'obscurité, vers l’introspection. Les clés font de Janus le dieu de l'initiation aux “mystères”:

- La porte des hommes, associée au solstice d'été, donne accès aux “petits mystères” qui consistent en une régénération psychique complète produisant un individu (“individuum” ou indivisible), c'est-à-dire centré en lui-même et non plus dispersé entre ses différentes tendances. Cette porte ouvre la voie à l'état proprement humain.

- La porte des dieux, en relation avec le solstice d'hiver, donne accès aux “grands mystères” qui mènent l'être de l'état humain à l'état supra-humain ou spirituel et à la fusion de l’individuel et de l’universel, de l’Atman et du Brahman de l’hindouisme, pour atteindre le Nirvâna, l’illumination ultime.
Dans la tradition chrétienne, les deux clés d'argent et d'or sont respectivement celles du “Paradis terrestre” et du “Paradis céleste”.

Elles figurent sur le drapeau du Vatican et évoquent le symbolisme de Janus.


Depuis l’avènement du christianisme, la célébration de Janus a été oblitérée par celle de Noël et des Saint Jean mais les bases du mythe que sont les manifestations et occultations de la lumière sont restées vivaces.





3. LE SYMBOLISME DES DEUX ST JEAN – LA LUMIERE



3.1 JEAN LE BAPTISTE

La fête de la Saint-Jean d'Eté célèbre le triomphe de la Lumière entre les 20 et 22 juin. A ce moment, en effet, le soleil passe au zénith, plus haut que jamais dans le ciel. Le jour atteint sa plus grande durée par rapport à la nuit et les chaleurs de l'été enveloppent une nature parvenue à son plein épanouissement.

C'est Jean-Baptiste qui patronne cette fête puisque la tradition chrétienne célèbre sa naissance, ce jour. Notons au passage, qu'il s'agit du seul Saint célébré par le jour de sa naissance, puisque d’habitude l'Eglise retient le jour de la mort physique qui entraîne la naissance au Ciel. Le choix de cette date est en fait lié à un autre solstice, celui d'hiver, que l'Eglise a choisi pour fêter la naissance du Christ puisque selon l’Evangile de Luc, Jean-Baptiste est né six mois avant Jésus. C’est en effet au sixième mois de la grossesse d’Elisabeth, mère de Jean-Baptiste, que l’archange Gabriel a annoncé à Marie qu’elle engendrerait Jésus (Luc 1-26).

Sobre, puisque ne buvant ni vin ni liqueur enivrante (Luc1-15), vivant au désert tel un ermite, vêtu d'un manteau de poil de chameau, se nourrissant de miel sauvage et de sauterelles, il annonçait la venue du Messie, Lumière de Dieu sauvant les hommes. Et tous ceux qui acceptaient son message se faisaient baptiser par lui après avoir accepté de se repentir de leurs péchés.

Le message de Jean le Baptiste consistait pour l'essentiel en un appel à la justice et à l'amour. Celui qui avait deux tuniques devait partager avec celui qui n'en avait pas (Luc 3-11). Le soldat devait se contenter de sa solde sans commettre ni fraude ni extorsion (Luc 3-14). Les collecteurs d'impôts ne devaient rien demander de plus que ce qui leur avait été ordonné (Luc 3-12). Justice et amour, voilà quelles étaient les exigences du Baptiste, voilà quels sont aussi les piliers d'une fraternité véritable. La nature même de sa mission le fit souvent prendre pour le Messie.

Aussi l'autre Jean, l'Evangéliste précisa-t-il que le Baptiste « N'était pas la Lumière », et plus loin il plaça dans sa bouche cette précision : « Moi, je ne suis pas le Christ, mais celui qui a été envoyé devant lui... Il faut qu'il grandisse et que je diminue » (Jean 3-28/30).

Et nous voilà revenus à notre solstice d'été. Si effectivement la Lumière triomphe ce jour, elle amorce, trois jours après, son déclin. Comme Jean- Baptiste les jours vont commencer à diminuer. En effet, d'après la symbolique chrétienne, le soleil déclinant ne saurait représenter le Christ, Lumière Invain¬cue. Le soleil, après le solstice d'été, ne peut plus être qu'un symbole du Baptiste, témoin de la lumière. Et son ministère prophétique a beau être encore éclatant, il va cependant s'éteindre pour laisser la place à un autre, à la Lumière de Dieu elle-même. La grande Lumière alors entrevue va diminuer.
La vie renaîtra de la mort, de même que le soleil recommencera son ascension après le solstice d'hiver. 

L'homme doit se préparer à affronter ce qui l'inquiète le plus : la mort physique. Vue sous l'angle du cycle des solstices, elle ne saurait être perçue comme la conclusion définitive et quelquefois cynique de la vie ; car la lumière, même par le tombeau, ne saurait être vaincue.

Les sourates 3 « la famille d’Imran » et 19 du Coran « Marie » relatent fidèlement l’annonce faite par Gabriel à Zacharie à propos de la naissance de Jean-Baptiste. Tout comme Issa (Jésus), "Yahya" (Jean) occupe une place respectable dans le Coran - il est avec "Mayriam" (Marie), le seul personnage de l'entourage de Jésus à être nommément cité. Yahya est un chef, un homme chaste et un prophète parmi les plus accomplis. (Sourate 3-39). C’est un prophète doté de qualités exceptionnelles : Il a reçu de Dieu la sagesse alors qu’il était tout jeune ainsi que la tendresse. Il était pieux, bon pour ses parents, ni orgueilleux, ni désobéissant. Le Coran le bénit : "Que la Paix soit sur lui !e jour ou il naquit, le jour ou il mourra, le jour où il sera ressuscité " (Coran XIX,1-14).

3.2 JEAN L’EVANGELISTE

Il s'agit d'honorer à travers Jean l’évangéliste, « le disciple que Jésus aimait », l’auteur qui énonça à travers le quatrième Evangile les trois plus hauts concepts initiatiques que sont la parole, la Lumière et l'Amour. Le quatrième Evangile débute par un texte d'une haute portée initiatique, la doctrine du Verbe fait chair, c'est-à-dire de la liaison divine incarnée dans l'Humanité :




1. Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu, et la parole était Dieu.
2. Elle était au commencement avec Dieu.
3. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
4. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.
6. Et la parole a été faite chair et elle a habité parmi nous.

Le prologue de St Jean c’est également l’apologie de la Lumière, les fêtes de la Saint Jean, fêtes de la lumière, sont aussi celles du feu. Cela paraît évident pour la Saint Jean d'été avec les bûchers qui brûlent toute la nuit, le soleil au plus haut qui luit de ses derniers feux avant de décliner inexorablement. Mais c'est vrai aussi de la Saint Jean d'hiver avec la bûche qui brûle dans la cheminée. Au creux de l'hiver, c'est une modeste braise, qui se consume dans la nuit de Noël. A nous de faire grandir cette flammèche pour qu'elle devienne le feu de la Saint Jean d'été.

Le feu c'est l'esprit, opposé à la matière. Mais le feu, dont la couleur symbolique est le rouge c'est aussi l'Amour. Le rouge est d'ailleurs la couleur de la charité dans la symbolique chrétienne. L'évangile de Jean est un évangile de l'amour. Que nous croyions en Dieu ou que nous croyions en l'homme, la Saint jean d'hiver nous dit de croire à l'Amour et nous pouvons dire avec les mystiques chrétiens « ubi caritas et amor, ibi Deus est » (là où il y a la charité et l'amour, là est Dieu).


4. LA LUMIERE ET LA PAROLE

Je vais maintenant vous donner ma vision très personnelle et assez matérialiste, de deux grands thèmes du Prologue de Jean.

La vie était la lumière des hommes - D’un point de vue matérialiste le vivant est littéralement fils de la lumière. Sans la lumière du soleil, pas d'énergie photonique, pas de photosynthèse, pas de vie, pas de végétaux, pas d'animaux, partant pas d'homme, pas d’humanité. Dans cette perspective, la phrase du prologue pourrait être inversée « la lumière était la vie »

Les êtres vivants, végétaux et animaux ont deux fonctions principales : maintenir leur structure, pour pouvoir reproduire cette même structure et répliquer ainsi leurs gènes. Pour maintenir leur structure, les êtres vivants agissent en véritables transformateurs d'énergie branchés en permanence sur une source extérieure, le soleil d'où provient en définitive l'énergie chimique contenue dans les aliments que nous absorbons. Les aliments sont en quelque sorte de l'énergie solaire en conserve. Quand on mange on mange du soleil. Le soleil émet un rayonnement électromagnétique sous la forme de photons. Par la photosynthèse dont le catalyseur essentiel est un pigment vert, la molécule de chlorophylle des plantes vertes, l'énergie électromagnétique des photons est mise en réserve dans les liaisons chimiques du glucose. La photosynthèse libère dans l'atmosphère de l'oxygène gazeux. Dans une seconde étape, le glucose servant cette fois d'aliment est brûlé en présence d'oxygène dans les cellules des animaux et des plantes. Cette combustion froide appelée respiration fournit de l'énergie directement utilisable par la cellule sous forme de petite monnaie. Cette monnaie circulante est le combustible interne utilisé par tous les êtres vivants sans exception (après les nucléotides de l'ADN voilà encore de l'universalité) : l'ATP ou adénosine triphosphate. Les produits de la combustion sont le gaz et l'eau. Le règne végétal fournit au règne animal le glucose et l'oxygène, agents de la respiration cependant que l'animal renvoie à la plante le gaz carbonique, source de carbone minéral à partir duquel la plante fabrique les composés organiques dont elle a besoin. Ainsi circule l'énergie dans le monde vivant.

La parole était Dieu … toutes choses ont été faites par elle 

Dans l'optique de la Bible, l'homme est créé à l'image de Dieu.

« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu » Genèse 1-27 .

L’homme est doté de ce qui le rend semblable à Dieu, la Parole, qui le rend capable de créer. Le Verbe est Création. Si l’humanité est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est bien grâce à la formidable avancée permise par l’apparition du langage qui permet l’expression des fonctions symboliques, puis du dessin et bien plus tard de l’écriture qui sont en quelque sorte la forme matérielle du langage.

La parole est le propre de l’homme. Le langage articulé, structuré, par opposition à l'expression animale, est plus qu'un mode de communication. Il est un mode de transmission des acquis culturels (taille de la pierre, maîtrise du feu, pratiques funéraires), transmission de contenus artistique et technique (de nouveaux savoirs, de nouvelles technologies). En un mot, la Parole, le Verbe, est une condition indispensable à l'évolution culturelle et intellectuelle de l'humanité.

La Parole, le Verbe, a permis à l’homme et dans le règne du vivant, à l’homme seul, de transmettre à sa descendance non seulement les comportements instinctifs qui sont dans son programme génétique mais aussi de mémoriser les connaissances et découvertes accumulées par les générations précédentes au fil des siècles, ce que le reste du monde animal, qui de dispose pas du langage articulé ne peut faire, se contentant de transmettre, pour l’essentiel, des comportements instinctifs.

Le XXIe siècle a vu le développement de l’informatique et de l’internet qui permet de mettre quasi instantanément à la disposition de tout homme cette somme de savoirs. Nous avons désormais, littéralement au bout des doigts, toutes les bibliothèques, tous les livres, tout le savoir et toute la sagesse humaine formulée depuis l’apparition de l’écriture il y a 3.300 ans avant Jésus-Christ dans la civilisation sumérienne, sur les berges du Tigre et de l’Euphrate, à l’emplacement de l’Irak actuel.

Aujourd'hui la technologie a conféré l'Homme un pouvoir éminent. Il est capable de modifier toutes les fonctions qui ont modelé son évolution, ses conditions naturelles, sa vie et son environnement. Les procréations médicalement assistées et les nouvelles molécules pharmaceutiques modifient le processus de la sélection naturelle ; il est même capable de modifier son patrimoine génétique. Sa responsabilité se trouve engagée. Il est désormais maître de son destin, Il est Dieu, il est devenu homme-Dieu, créateur de sa propre destinée.

Il a goûté à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, au risque de s’attirer les foudres de son créateur ou plus probablement de causer sa propre perte par un usage insensé de ses inventions. Une guerre atomique planétaire ou un accident cosmique et l’homme peut disparaître de la surface de la terre. Ayons toujours en mémoire le sort funeste de la lignée des dinosaures.

Dans son dialogue avec Eve, le serpent lui a dit pour la convaincre de croquer la pomme :
« Dieu sait que le jour où vous mangerez les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, vos yeux s’ouvriront et que vous serez comme des Dieux, connaissant le bien et le mal » Genèse 3-5.

L’homme est devenu, tel Lucifer, un "Porteur de lumière" (du latin lux « lumière » et fero « porter »). Lucifer est à l’origine un personnage des mythologies romaine et grecque, Dieu de lumière et de connaissance. C'est l'un des noms que les Romains donnaient à l'étoile du matin, autrement dit à la planète Vénus.

Dans la Bible, le nom Lucifer est utilisé pour traduire « l’astre brillant, étoile du matin » du Livre d'Isaïe qui désigne un roi de Babylone raillé pour sa volonté de s'élever au-dessus de sa condition d'homme et de dépasser Dieu.

Isaïe 14:11-14 : « Ta magnificence est descendue dans le séjour des morts, sous toi est une couche de vers et les vers sont ta couverture. Te voilà tombé du ciel, Astre brillant, étoile du matin ! Tu es abattu à terre, Toi, le vainqueur des nations ! Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, j'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; je m'assiérai sur la montagne de l'assemblée, à l'extrémité du septentrion ; je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très Haut».

L’EVOLUTION CULTURELLE DE L’HOMME

Il y a sans doute un peu plus de 6 millions d'années un groupe de primates acquiert la station érigée bipède. Ce sont les premiers hominidés. Leurs caractéristiques anatomiques ne permettent pas encore le langage articulé.

Homo habilis
C'est vers 2,5 millions d'années, qu'émerge une nouvelle forme d’hominidés, l'Homo habilis, chez qui toutes les caractéristiques anatomiques pour l'existence d'un langage articulé sont présentes et qui invente l'outil manufacturé. Avec ces deux acquisitions fondamentales, l'apparition du langage articulé et l'invention de l'outil, a débuté, il y a 2,5 millions d'années, la fabuleuse aventure culturelle de l'Homme.

Ce sont leurs descendants, les Homo erectus, qui, vers 1,5 million d'années dans l’actuelle Ethiopie fabriquent les premiers bifaces, outils qui présentent à la fois une symétrie bilatérale et bifaciale. L'Homme a acquis la notion de symétrie et le sens de l'harmonie. Il est capable de fabriquer de beaux outils avec une retouche soignée et régulière, parfois taillés sur des roches de belle couleur. Ce n'est pas parce qu'il est soigneusement taillé sur une belle roche que l'outil est plus fonctionnel. L'Homme a maintenant acquis le sens du beau et le goût du travail bien fait ; il se transcende par la beauté.

C'est vers 400 000 ans que l'Homme domestique le feu, nouveau facteur d'hominisation :

Les Homo erectus, qui ont évolué lentement au cours de près de deux millions d'années, au rythme de l'évolution biologique des hominidés, ont apporté au patrimoine culturel de l'Homme de nombreuses acquisitions : la notion de symétrie et le sens de la beauté, la domestication du feu, la taille des silex, les premiers balbutiements de la pensée symbolique. L'évolution culturelle s'accélère alors que l'évolution morphologique poursuit son lent chemin.

À partir de 100 000 ans, avec les Homo neandertalensis, évolution ultime des Homo erectus apparaissent les premières sépultures véritables liées aux premiers rites funéraires. L'Homme s'interroge alors sur sa signification, sur sa place dans l'histoire de l'univers et de la vie, sur son avenir et celui de ses proches. Il n'accepte pas sa propre disparition ni celle des membres de sa famille ou de son groupe. Il veut poursuivre sa route au-delà de la mort. C'est alors qu'il enterre le défunt et dépose dans la fosse sépulcrale des offrandes pour le voyage dans la vie future. C'est la naissance de l'angoisse métaphysique et l'émergence de la pensée religieuse. En quelques millénaires, quelle évolution culturelle, alors que les néandertaliens sont encore, par leur morphologie, très proches des Homo erectus !

À partir de 35 000 ans, émerge, chez l’Homo sapiens le développement de la pensée symbolique. L'évolution culturelle s'accélère et prend maintenant le pas sur l'évolution morphologique. L'Homme inscrit alors des signes sur la pierre ou l'argile. Ces premiers signes symboliques correspondent à des idéogrammes. En combinant des signes, les hommes combinent des idées. C'est ainsi que va naître l'écriture qui permettra à l'Homme de transmettre des messages à travers l'espace et à travers le temps. Les premières écritures apparaissent en Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate, à Sumer, vers 3 300 ans avant J.-C., avec les signes cunéiformes.


5. CONCLUSION

Le solstice d'hiver c'est une promesse de renouveau. Au creux de l'hiver, sous la terre, germe le blé qui sera coupé à la Saint Jean d'été. Mort et résurrection, c'est un thème commun à toutes les initiations. Nous sommes dans cette phase de descente vers le solstice d'hiver. Il nous faut faire silence. Il  faudra ensuite « vouloir » progresser et « oser » son propre dépassement. Alors, peut être plus tard, à la Saint Jean d'été, dans le feu de la renaissance parviendrais-je à « savoir ». Lorsque le feu aura tout détruit, tout purifié tout rénové, viendra l'heure de l'homme nouveau, l'initié véritable.

Nous ne sommes qu’une poussière dans l’Univers, mais pas n'importe laquelle, une poussière douée d'intelligence et de conscience, guidée par son désir de comprendre où est sa place dans cet océan sans fond du Cosmos.

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