samedi 16 août 2014

La Bible et le Coran


La Bible n’est pas pour les chrétiens ce qu’est le Coran pour les musulmans. Il y a entre la Bible et le Coran une fausse symétrie. Avant de chercher à les comparer, il faut comprendre la place qu’ils occupent dans leur tradition respective. Ces textes sacrés ne relèvent pas du même principe et n’ont pas la même finalité.


1 – Le Bible, le Coran, Dieu et l’Homme

1.1 – L’œuvre d’hommes habités

La Bible se présente comme un corpus de livres aux multiples auteurs (Jérémie, Isaïe, Amos, Matthieu, Jean, Paul…). Les auteurs de la Bible sont humains, ce sont des hommes habités par Dieu qui retranscrivent avec leurs mots, leurs expressions, leur culture, l’expérience qu’ils font de Dieu. Paul Beauchamp, exégète jésuite, nous éclaire sur ce point :

« Paul est l’œuvre de Dieu avant que les Epîtres de Paul le soient. L’écrit, le livre, sort de l’intimité qui unit Dieu aux auteurs bibliques. »1

Pour les chrétiens, Dieu habite l’homme au sens le plus fort du terme. L’homme est invité, dès ici-bas, à vivre de la vie de Dieu (Cf. Devenir fils de Dieu). Ainsi, les multiples auteurs qui ont collaboré à la rédaction des Saintes Écritures étaient habités de Dieu. Paul Beauchamp poursuit ainsi :

« L’Esprit-Saint agit à partir du plus intime de l’homme qui écrit, du plus humain de l’homme qui écrit. Il assume les paroles de cet homme. Dieu en est vraiment l’auteur. Mais cela n’enlève pas aux paroles inspirées les limites et la faiblesse qui sont inhérentes à la parole humaine. »2

Ce n’est pas l’écrit que Dieu habite, mais les personnes qui ont écrit. L’écrit, la langue humaine est un outil grossier qui ne peut prétendre cerner Dieu, enfermer Dieu, lui apposer un point final. Pour les chrétiens, le seul réceptacle en mesure de contenir véritablement Dieu, c’est le cœur de l’homme. Saint Nicolas Cabasilas, orthodoxe du XIVe siècle, dit à ce propos :

« Le cœur de l'homme a été créé assez grand pour contenir Dieu lui-même ».3

Saint Paul, dans sa seconde épître aux Corinthiens, écrit que la véritable Écriture Sainte réside en chaque homme habité de Dieu :

L’horizon musulman

Nous allons, au cours de cet article, tenter de comprendre à quoi l’islam appelle les musulmans. Nous allons essayer de dessiner les contours du musulman idéal vers lequel tout musulman doit s’efforcer de tendre.

1 - Se tenir dans les sentiers de Dieu

Professeur à l’Université de Tunis, Abdelwahab Bouhdiba est le Président de l’Académie des Sciences de Tunisie, il redit ici les fondements de l’islam :

« Coran, hadiths et fiqh constituent l’invariant par excellence. (…) Même si la Révélation est située hic et nunc (dans un contexte particulier), le contenu est perçu comme message éternel et extra-temporel. Il dit le modèle que Dieu a choisi pour sa communauté ; et ce choix divin ne saurait subir de changement.

Voilà l’intuition de base, à partir de laquelle la Tradition propose des séries de conduites stéréotypées qu’il faut à tout moment restituer dans leur intégralité, et dans leur pureté originale ; ou du moins s’en approcher autant que possible.

Le Coran est parole divine, kalamu Allah, logos universel, c’est l’idée pure. La Sunna du Prophète c’est le modèle agi, le comportement idéal conforme à la Parole sacrée (…). S’y conformer strictement nous garantit d’être dans les voies de Dieu. L’écart est égarement et erreur. Par essence l’islam est orthodoxie (totalitarisme !) »1

mardi 12 août 2014

Henri Laborit - Eloge de la fuite (extraits)

Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime.

Vous connaissez sans doute un voilier nommé « Désir ».

Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique, nous sommes programmés depuis l’œuf fécondé pour cette seule fin, et toute structure vivante n’a pas d’autre raison d’être que d’être.

lundi 11 août 2014

Chamfort ou l'esprit français

Fragonard 1770

Tout est étrange dans la vie de Chamfort (1740-1794). Sa naissance reste enveloppée d'obscurité : il est peut-être le fils naturel d'une mère noble et d'un chanoine, ou bien d'une dame de compagnie et d'un père inconnu, ou simplement d'une paysanne qui le confie, pour remplacer un enfant mort, à un épicier. Il s'appelle Sébastien Roch Nicolas de Chamfort, mais si vous dites « Chamfort », quelques esprits cultivés vous diront aussitôt qu'il est un des moralistes français les plus célèbres, et que, malgré les critiques moralisantes de Sainte-Beuve ou de Camus, ses admirateurs, au cours du temps, ont pour noms Schlegel, Nietzsche, Stendhal. Les causes et les circonstances de son suicide pendant la Terreur demeurent peu connues, voire ténébreuses. Enfin, son oeuvre principale, écrite dans le secret, n'a vu le jour qu'en 1795, un an après sa disparition.

Les trois commandements de l’hédonisme

Je ne suis pas déiste (ce qui me place comme une exception dans l’espèce humaine si j’en crois la neurobiologiste Jacqueline Borg qui aurait démontré que l’Homme est génétiquement programmé — grâce à la présence de Sérotonine, un neurotransmetteur — pour croire en une religion), je ne suis même plus agnostique (s’il fût un temps où j’admettais qu’il n’était pas totalement improbable qu’il y ait un être ou une pensée supérieure au dessus de nous, ce temps est révolu), je suis athée en tous les cas à l'échelle de l'homme. Après qu'il y ait un gamin entrain de jouer à un avatar de SimCity, à TerreCity, un gamin qui aurait réglé le modèle de l'Univers avec quelques constantes fondamentales et qui observe comment son modèle évolue, pourquoi pas mais ça ne me concerne pas. Je suis dans la posture d'Epicure quand il dit que les Dieux existent, mais qu'ils sont sur leur petit nuage dans le ciel çà faire la fête sans se préoccuper du sort des hommes, pourquoi donc les prendre en compte dans ce cas.