mardi 29 novembre 2016

Natacha Polony : «Le système de la globalisation néolibérale craque de toute part»



Le Comité Orwell est un collectif de journalistes, présidé par Natacha Polony, pour la défense du pluralisme des idées et de la souveraineté populaire. Il vient de publier Bienvenue dans le pire des mondes (éd. Plon, 2016) avec la participation de Natacha Polony, Jean-Michel Quatrepoint, Guillaume Bigot, Eric Delbecque, Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger, Alexandre Devecchio, Emmanuel Lévy et Gérald Andrieu.

FIGAROVOX. - Vous publiez avec le Comité Orwell que vous présidez l'essai Bienvenue dans le pire des mondes. On pensait après 1991 être débarrassé des totalitarismes idéologiques. Sommes-nous plongés de nouveau dans les mondes de George Orwell et d'Aldous Huxley?
Natacha POLONY. - Les concepts qu'ont mis en place Orwell et Huxley permettent de penser un monde qui en apparence est totalement différent. Evidemment, notre monde n'a rien à voir avec celui de 1984. A la limite, avec toutes les manipulations de l'être humain permises par les avancées scientifiques, il a peut-être plus à voir avec celui d'Aldous Huxley dans Le meilleur des mondes. En revanche, nous sommes bien dans des concepts forgés par Orwell utilisés à l'époque dans des contextes différents. Il ne s'agit pas de dire que le totalitarisme que nous vivons serait aussi violent et comparable aux véritables totalitarismes soviétique, maoïste ou nazi, bien sûr que non. C'est justement ce que nous appelons dans le livre le soft totalitarisme parce qu'il ne repose pas sur la coercition. Pour autant, il est tout aussi aliénant par certains côtés. Il faut absolument remettre en vigueur ces concepts marxistes d'aliénation et d'émancipation. Le système auquel nous faisons face remet en cause l'émancipation des peuples et des individus.

jeudi 24 novembre 2016

Pour en finir avec le théonormatisme

J'appelle théonormatisme le principe d'une vision du monde qui fait de la croyance en Dieu ou en une quelconque forme de transcendance une norme implicite qui marginalise et dénigre l'athéisme en le considérant comme une forme de religion.
Le théonormatisme repose sur le préjugé selon lequel aucun être humain ne peut vivre sans croyances religieuses. Toute forme de réserve ou de suspension du jugement de la part des non-croyants est considérée comme le signe de rapprochement vers la croyance. Pour éviter d'avoir à défendre sa croyance en l'existence de Dieu ou de l'affirmer dogmatiquement, on plonge insoucieusement dans la discrimination et on nie la sincérité des non-croyants. On décrédibilise ainsi les critiques de la religion en disant que les non-croyants sont des croyants déçus par toutes les religions existantes, qu'ils sont donc tellement religieux qu'aucun dieu n'est assez divin pour eux.

jeudi 17 novembre 2016

Arabie saoudite: un pillier essentiel de la politique US mondiale

A lire pour mieux comprendre les racines des attentats qui ont frappé Paris et Bruxelles. Mais aussi pour résoudre une délicate énigme: pourquoi les Etats-Unis, si prompts à faire la guerre pour apporter la démocratie partout dans le monde, soutiennent-ils infailliblement l’une des pires dictatures de la planète ?
Selon la légende, Abdelaziz Ibn Saoud était un visionnaire qui serait parvenu à surmonter les divisions entre des clans nomades de la péninsule arabique pour fonder en 1932 le royaume d’Arabie saoudite. La légende dit-elle vrai ?
 Oui et non. Oui, Ibn Saoud a fondé le Royaume d’Arabie saoudite. Mais non, ce n’était pas un visionnaire. Il était un instrument de l’Empire colonial britannique. Et ce n’est qu’avec l’argent et les armes de la Grande-Bretagne qu’il est parvenu à fonder son royaume. En réalité, Ibn Saoud et les Britanniques avaient besoin l’un de l’autre pour combattre un ennemi commun : les Ottomans.

lundi 14 novembre 2016

Céline Pina : «13 novembre, assez d'appel à la tolérance, c'est à la résistance qu'il faut appeler»

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que de nombreuses commémorations étaient organisées ce dimanche en souvenir des victimes des attentats du 13 novembre dernier, Céline Pina dénonce la compassion impuissante d'un politique qui peine à incarner une nation meurtrie.



Ancienne conseillère régionale d'Ile-de-France, Céline Pina avait dénoncé, en 2015, le salon de «la femme musulmane» de Pontoise. Elle a récemment publié Silence Coupable(éditions Kero).

Nous nous souvenons tous où nous étions le soir du 13 novembre, il y a un an. Comme dans tout traumatisme collectif.
Et pourtant je n'ai pas eu envie, aujourd'hui, de lire les journaux ou d'allumer la télé, pas envie d'entendre ces discours, impeccablement conçus pour dire ce que l'on a envie d'entendre et qui ne seront suivis d'aucun effet. Je suis restée complètement indifférente à la polémique autour de la réouverture du Bataclan et je ne supporte plus l'accumulation des commémorations, tant elles semblent être organisées, moins pour rendre hommage aux victimes, que pour donner à voir la compassion du politique, quand on attend plutôt l'expression de la Nation.


Assez des mises en scène larmoyantes pour conjurer l'impuissance. Assez de ces empilements de mots qui masquent difficilement le refus de regarder en face la réalité. Assez d'appel à la tolérance quand c'est à la résistance qu'il faut appeler.
J'ai pensé aux victimes et surtout à leurs proches, ceux qui se heurtent à la fois à la douleur de l'absence et à l'absurdité de ces morts, sacrifiés à une idéologie obscurantiste, violente et sans âme. J'ai pensé aux blessés, à ceux qui pleurent leurs morts et à ceux qui tremblent à l'idée de connaître un jour semblable malheur puisque nous savons que le sang n'a pas fini de couler. Pour ceux qui nous tuent, nous ne sommes même plus des êtres humains, juste des kouffars... Et pour le coup, le seul universalisme qu'ils connaissent est celui de leur haine, qui n'épargne personne, pas même leurs coreligionnaires...

Face à l'islamisme, il nous faut des Churchill, pas des Chamberlain !

FIGAROVOX / HUMEUR - Il est odieux et mensonger de prétendre que la France aurait «forgé» le terroriste qui vient de commettre un assassinat de masse à Nice, tonne Céline Pina.

Ancienne conseillère régionale d'Ile-de-France, Céline Pina avait dénoncé, en 2015, le salon de «la femme musulmane» de Pontoise. Elle a récemment publié «Silence Coupable» (éditions Kero).

Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles /
Au coeur du commun combat / Celui qui croyait au ciel / Celui qui n'y croyait pas

Quand Aragon écrit La rose et le réséda, en 1943, à force de grêle, les blés se sont couchés et les hommes aussi. La France est sous la botte de l'Allemagne nazie. Dans sa dédicace, il mêle communistes convaincus et catholiques fervents, unis dans la lutte pour la liberté et l'amour de leur pays. A l'époque le rapprochement n'a rien d'évident tant tout semble opposer les deux traditions politiques et intellectuelles. Sauf que, l'ennemi que ces résistants affrontent, n'est pas un adversaire avec qui composer, mais un système totalitaire cherchant l'anéantissement et rejetant toute humanité. Tout le poème n'est pas une invitation au dépassement, mais le constat que le dépassement va de soi quand on sait pour qui et pour quoi on se bat. Le combat commun d'alors était celui mené au nom de la France et pour la liberté contre la barbarie et le totalitarisme nazi. Ceux qui les combattirent, comme le rappelait Pierre Brossolette au micro de la BBC, n'avaient ni uniformes, ni drapeaux, ni étendards, juste une conscience citoyenne et suffisamment de courage pour l'écouter. Ils étaient dans un temps métapolitique, comme on peut parler de métaphysique, un temps d'avant la question des orientations politiques.

Zineb El Rhazoui : pourquoi l'islamisme est un totalitarisme

Zineb El Rhazoui est une journaliste et militante des droits de l'homme franco-marocaine, née le 19 janvier 1982 à Casablanca. Elle vient de publier Détruire le fascisme islamique qui paraît aux éditions Ring.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio
FIGAROVOX. - Dans votre dernier livre Détruire le fascisme islamique, vous dénoncez le concept d'islamophobie. Pourquoi?
Zineb EL RHAZOUI. - D'abord il s'agit d'un néologisme, un terme quasi-médical qui prétend désigner une «pathologie»: la haine injustifiée, aveugle, irrationnelle de l'islam avec un petit i, l'Islam avec un grand I, et les Musulmans, sans jamais les définir. Le concept d'islamophobie est une imposture intellectuelle fondée sur une confusion délibérée entre l'islam en tant que dogme, l'Islam en tant que civilisation, et les musulmans considérés ipso facto comme une communauté monolithique et non pas comme des individus. Qu'est-ce qu'un musulman? Une personne née dans cette foi ou une personne qui l'a choisie? On peut être issu de culture islamique et se définir par une multitude d'autres caractères, comme on peut opter pour cette religion sans en adopter les préceptes à la lettre. En réalité, ce que l'on nous désigne comme étant de l'islamophobie est souvent un rejet des manifestations ostentatoires et militantes d'un islam revendicatif. Les pleurnichards de l'islamophobie nous prennent en otage: à chaque acte terroriste, ils crient au «pas d'amalgame», mais lorsqu'on dénonce l'idéologie qui mène au terrorisme, ils nous accusent de haïr l'ensemble des musulmans. Le concept d'islamophobie est surtout un outil discursif qui consiste à faire taire toute critique envers la religion musulmane, à l'extraire à la raison. D'ailleurs l'islamophobie n'existe pas en terre d'Islam, là où la théocratie islamique a le pouvoir coercitif, puisque les islamistes disposent de mieux: le délit de blasphème, d'apostasie ou d'insulte à la religion. Lorsque vous critiquez l'islam dans un pays islamique, on vous met en prison, vous fouette sur la place publique ou vous assassine. Dans les démocraties occidentales, les islamistes, désespérés d'imposer le délit de blasphème, n'ont plus que l'accusation d'islamophobie dont ils veulent faire un nouveau racisme. Mais depuis quand la foi est une race?

dimanche 13 novembre 2016

La colère des peuples

C'est un ouragan qui emporte tout. Les calculs des sondeurs et les prévisions des experts. Le confort des élites intellectuelles et les certitudes des milieux d'affaires. La suffisance des hommes politiques et l'arrogance des médias. Une lame de fond dont la brutalité coupe le souffle. Un raz de marée sidérant dont l'onde de choc n'épargne pas nos rivages. Dans tout l'Occident, les peuples sont en colère. Nous avions choisi de ne pas le voir. Depuis la victoire de Donald Trump, nous ne pouvons plus faire semblant.