mardi 24 juillet 2012

Samba em preludio par Esperanza Spalding




Je ne connais pas de poème d'amour plus beau, plus empreint de saudade, de nostalgie. Un texte de Vinicius de Moraes mis en musique par Baden Powell :  

Horace - Ode à Leuconé - 1.11 - Carpe diem

"Ne cherche pas à savoir, Leuconoé, quelle fin les dieux ont assignée à l'un ou à l'autre. Cette connaissance nous est interdite. N'interroge plus ces nombres magiques venus de Babylone.

Comme il est préférable d'accepter ce qui doit arriver, que Jupiter nous accorde encore bien d'autres hivers, ou que notre dernier soit celui-ci qui voit maintenant la mer Tyrrhénienne déferler sur les brisants du rivage.

Tu ferais bien mieux de remplir nos coupes de vin léger et de réduire tes lointaines espérances à la mesure de notre courte durée.

Pendant que nous parlons, le temps jaloux a fui. Cueille donc le jour présent, sans trop te fier au lendemain."

En latin ça donne :

Marcel Conche - Une sagesse revisitée

Pour beaucoup de ceux qui l’ont découvert à travers ses livres ou son enseignement, Marcel Conche incarne la figure contemporaine d’une sagesse humaine, délivrée des illusions mais ouverte au mystère des choses. André Comte-Sponville, parmi d’autres, a reconnu sa dette à son égard. Longtemps professeur de philosophie à la Sorbonne, Marcel Conche poursuit aujourd’hui son œuvre depuis son lieu de retraite. Une œuvre importante (près d’une trentaine de livres régulièrement réédités) qui n’hésite pas à aborder de front les « grandes questions » de l’existence (le destin et la mort, la vérité et le bonheur, le sens ou le non-sens de la vie, le fondement de la morale) ; une œuvre qui traverse toute l’histoire de la philosophie occidentale depuis son origine grecque, en passant par les figures matérialistes et sceptiques de Lucrèce, Pyrrhon, Montaigne ou Nietzsche, et en s’autorisant quelques incursions du côté des sagesses orientales (Lao Tseu).

Sur le chapitre de la foi et du divin, Marcel Conche défend une position qu’il refuse d’assimiler à l’athéisme, bien qu’elle mette en suspens la question de l’existence d’un Dieu transcendant pour orienter la pensée vers une Nature universelle et créatrice. C’est sur cette question que s’ouvre l’entretien qu’il a bien voulu consacrer à e-ostadelahi.fr, avant de nous conduire vers le problème de la foi et de la religion, de la recherche d’une vérité sans « révélation », enfin de la morale qui, selon lui, a une portée universelle parce qu’elle constitue pour l’homme le véritable lieu de l’ouverture à la vérité.
Visionnez son interview en cliquant sur le lien ci-dessous : 

La règle d’or revisitée par Olivier Du Roy




Olivier Du Roy, La Règle d’or, éditions du Cerf, 2009
La règle d’or, une maxime négligée, surtout dans le monde francophone : l’intention d’Olivier Du Roy est de la revivifier en rappelant ses origines et sa présence partout où religion et culture sont attestées, c’est-à-dire depuis le Ve siècle avant notre ère. Avec une ardeur contenue et beaucoup d’érudition, il passe en revue les diverses interprétations de la maxime, les louanges et critiques dont elle a été l’objet à travers les siècles et l’ampleur qu’elle a prise à travers le monde ; son objectif est de nous en faire découvrir le mécanisme intime qui explicite sa portée morale et justifie son universalité.
« La règle d’or [...] prescrit de sortir de soi pour traiter l’autre comme un moi, aussi important pour lui-même que je le suis pour moi ». Dès l’introduction, l’auteur précise la fonction de cette maxime séculaire qui s’énonce, dans sa formulation positive : agis envers les autres comme tu veux qu’ils agissent envers toi, et dans sa formulation négative : ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’ils te fassent. Il s’agit, dit-il, de réversibilité et non de réciprocité, comme cela a été souvent interprété.
Dans une première partie, très bien renseignée, il démonte les diverses modulations et altérations de l’énoncé de la maxime, qui varie selon les époques et les utilisateurs. Il identifie le ressort fondamental – souvent implicite – qui permet à la maxime de fonctionner : l’inversion des rôles, et repère deux grands types de formulations : celles « qui partent d’un désir ou d’une crainte du sujet » et celles « qui se fondent sur un jugement de valeur ».

lundi 23 juillet 2012

Ronsard - Je n'ai plus que les os


Ronsard aborde à maintes reprises le thème de la mort dans son œuvre poétique, le plus souvent pour développer une méditation lyrique sur la fuite du temps ou sur les rapports de la beauté et de la mort comme dans l'Ode à Cassandre. 


A la fin de sa vie, épuisé par la maladie, en proie à de redoutables insomnies, Ronsard choisit d'évoquer dans ses derniers vers, avec une émouvante simplicité, l'approche imminente de sa propre mort.


Je n'ai plus que les os... , le sonnet liminaire de ce court recueil publié par ses amis juste après sa disparition nous présente un tableau saisissant de la dégradation physique du poète, tout en célébrant la valeur consolatrice de l'amitié. Ronsard nous propose une évocation réaliste et baroque de la mort. Il organise cependant aussi un sonnet, à la manière des grecs et des latins, une émouvante cérémonie des adieux, révélant ainsi son acceptation stoïque de la condition humaine.


Pierre de Ronsard (Derniers Vers - 1586)
  
Je n'ai plus que les os

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé ;
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé.
Adieu, plaisant soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

    • "Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble". On sent l'épicurien qui fait référence à la théorie des atomes de Démocrite. Un nom et deux verbes et voilà définie la mort.

Ne lâchez pas la proie pour l'ombre


Le reproche suprême que je fais aux 3 religions monothéistes ? : De nous fâcher avec le seul bien dont nous soyons certains : notre vie ici et maintenant et la possibilité de la déployer avec le seul instrument dont nous disposons, notre corps.

Le monothéisme qu'il soit chrétien, juif ou musulman discrédite cette vie, la seule, la vraie, au profit d'une autre vie, fictive, fantasmatique, au "Paradis" qu'il nous faudrait gagner en gâchant la première... Les monothéismes nous proposent ce contrat de dupes : "Moins vous vivez ici et maintenant, plus vous vivrez dans l'éternité. Renoncez donc aux biens de cette vie qui sont de faux biens et tournez-vous vers les vrais biens qui sont renoncement, ascétisme, sacrifice, abnégation..."

Disons-le autrement : Mourez de votre vivant, ainsi il vous deviendra plus facile de mourir le temps venu." un marché de dupes, car on nous demande de renoncer à la proie pour l'ombre. Nous aurons tout perdu : cette vie ici et maintenant, en l'ayant gâchée, et l'autre vie, parce qu'elle n'existe pas....

Alors un conseil d'ami, mettez en usage la devise "carpe diem", cueillez le jour profitez de la vie ici et maintenant (hic et nunc), vous n'en avez qu'une, exprimez son jus jusqu'au bout comme quand vous mâchez une morceau de canne à sucre.

Animal mon prochain




L’homme est un animal comme un autre, un être naturel. A l'inverse, l’humanité qui a été crée par les hommes n'est pas un être naturel.
L’humanité est un projet, un ensemble des règles morales et juridiques, d’inventions techniques et scientifiques, un projet de conquête de la nature, un savoir vivre ensemble, un monde relativement indépendant des êtres humains concrets qui le composent. Je crois que cette humanité, responsable de tant d’horreurs et de bonheurs, de tant de crimes et de merveilles, est un enjeu politique et il ne faut pas penser qu’elle a un seul avenir possible.

Le projet qui conciste à repousser les frontières de l'humanité en y incluant les animaux est une cause pour laquelle il faut se battre. Non seulement parce qu’il correspond à une certaine idée de justice que beaucoup d’entre nous partagent, mais aussi par l’ensemble d’expériences et des bienfaits qu’il pourrait nous apporter. Par inclusion dans l’humanité, j’entends le respect de la sensibilité d'êtres vivants fonctionnant sur le même principe que l'homme, qui disposent d'un système nerveux qui leur permet d'appréhender le monde dans lequel ils vivent, d'avoir des sensations, d'être en état de bien être ou de souffrir dans leur chair.

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"Il me paraissait totalement inconcevable que dans ma prière du soir je ne devais prier que pour les hommes. C'est pourquoi, lorsque ma mère avait prié avec moi et m'avait donné le baiser du soir, je récitais encore secrètement une prière que j'avais composée moi-même pour toutes les créatures vivantes. Elle disait : « Bon Dieu, protège et bénis tout ce qui respire, préserve du mal tous les êtres vivants et fais-les dormir en paix"
Albert Schweitzer

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"En secourant par exemple un insecte qui se trouve menacé, je ne fais rien d'autre que d'essayer de restituer aux animaux dans leur ensemble, un peu de la dette coupable, toujours renouvelée, que les hommes ont contractée envers eux."


Albert Schweitzer, La civilisation et l'éthique.

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Montaigne lui aussi remet même en cause l'idée d'une supériorité de l'homme sur l'animal : « Quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi, plus que je ne fais d’elle1. » Nous qui ne savons pas ce que nous sommes nous-mêmes, que savons nous des bêtes ? L'animal et l'homme sont « confrères et compagnons », l'animal étant parfois mieux doué que l'homme chez qui la pensée corrompt l'obéissance à la nature. 

L'homme est donc dépossédé de sa situation privilégiée de roi de la Création, mis à égalité avec l'animal et confié à la bienveillance de « notre mère nature » : « Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité aux autres créatures qui peuvent en être capables2... ». 

Un tel rapprochement est évidemment scandaleux aux yeux de théologiens comme Pascal3 ou Bossuet4 et 5, alors qu'il sera approfondi par La Fontaine dans ses Fables. Il est en effet évident que cette affection pour la nature n'a rien de chrétienne. Dans la théologie catholique, la nature n'est qu'un « ens creatum », une chose créée qui n'entretient plus de lien avec le créateur, au contraire de l'homme. Aussi, celui qui suit la nature est condamnable, car il se détourne de Dieu.
1.Apologie de Raymond Sebond », Essais, livre deux, chap. XII.
2.« De la cruauté », Essais, livre deux, chap. XI.
3.« Ceux qui nous ont égalés aux bêtes et les mahométans qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien, même dans l'éternité, ont-ils apporté le remède à nos concupiscences ? » in Pascal, Pensées, Brunschwig, 430.
4.« Je le vois bien, votre esprit est infatué de tant de belles sentences, écrites si éloquemment en prose et en vers, qu'un Montaigne (je le nomme) vous a débitées; qui préfèrent les animaux à l'homme, leur instinct à notre raison, leur nature simple, innocente et sans fard, c'est ainsi qu'on parle, à nos raffinements et à nos malices. Mais, dites-moi, subtil philosophe, qui vous riez si finement de l'homme qui s'imagine être quelque chose, compterez-vous encore pour rien de connaître Dieu? Connaitre une première nature, adorer son éternité, admirer sa toute-puissance, louer sa sagesse, s'abandonner à sa providence, obéir à sa volonté, n'est-ce rien qui nous distingue des bêtes ? » in Bossuet, Second sermon pour la fête de tous les saints, 3e point
5.« Quand on entend dire à Montaigne, qu'il y a plus de différence de tel homme à tel homme, que de tel homme à telle bête, on a pitié d'un si bel esprit, soit qu'il dise sérieusement une chose si ridicule, soit qu'il raille sur une matière qui d'elle-même est si sérieuse. [...] Et à propos du raisonnement qui compare les hommes stupides avec les animaux, il y a deux choses à remarquer : l'une, que les hommes les plus stupides ont des choses d'un ordre supérieur au plus parfait des animaux ; l'autre, que tous les hommes étant sans contestation de même nature, la perfection de l’âme humaine doit être considérée dans toute la capacité où l'espèce se peut étendre ; et qu'au contraire ce qu'on ne voit dans aucun des animaux, n'a son principe ni dans aucune des espèces, ni dans tout le genre. » in Bossuet, De la connaissance de Dieu et de soi-même, chap. V.



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