dimanche 28 septembre 2014

Le salafisme, imposture ou fidélité au Prophète ? Réponse : fidélité selon Philippe d'Iribarne

C'est Philippe d'Iribarne Polytechnicien et Ingénieur général des Mines, directeur de recherche au CNRS qui le dit comme je l'ai aussi dit...

Encore une fois, entre les méfaits de l'Etat islamique, ceux de Boko Haram et quelques autres, l'islam est mis en question. Nul ne doute qu'il ne faille lutter militairement contre ceux qui prétendent, dans un retour aux pieux ancêtres, être les seuls représentants d'un islam authentique face à un islam dégénéré, embourgeoisé. Mais nul ne doute non plus que les armes ne suffiront pas et que ce sont les esprits qu'il faudrait conquérir.
Une question se pose alors : cette prétention de fidélité aux ancêtres, au Prophète, au Coran, n'est-elle qu'une imposture que les autorités de l'islam, pour peu qu'elles s'en donnent la peine, n'auront pas de mal à démasquer au profit d'une vision de l'islam beaucoup plus ouverte et pacifique (et dès lors, leurs hésitations actuelles à le faire sont difficilement compréhensibles) ? Peut-on s'attendre du moins à ce que le développement de l'éducation, permettant un accès direct et réfléchi aux textes, au-delà des propagandes qui les utilisent, favorise un rapport plus apaisé au monde ? Ou, au contraire, les salafistes ont-ils des arguments sérieux à faire valoir à l'appui de leur prétention de fidélité, et le développement d'un rapport direct au texte au sein du monde musulman est-il de nature à augmenter le crédit dont ils y bénéficient, aux dépends de celui des tenants d'un islam de compromis ?

Une réponse courante à ces interrogations est qu'elles n'ont pas de sens, qu'au premier chef l'univers du Coran est tellement complexe qu'il peut être instrumentalisé au profit de n'importe quelle visée politique et qu'il est donc vain de s'intéresser à ce qu'a été l'élan fondateur de l'islam. Mais cette position résiste mal à une confrontation sérieuse avec un texte dont on sait combien, lu et relu sans trêve, il alimente l'imaginaire des salafistes.

Ce n'est pas tant les prescriptions du Coran, souvent fonction des circonstances, qui éclairent l'univers salafiste. C'est bien plus le portrait qu'il dresse avec constance, sourate après sourate, presque verset après verset, de l'infidèle qui, orgueilleux, menteur, pervers, refuse de reconnaître la vérité du message dont le Prophète est porteur, avec toutes les preuves manifestes, indiscutables, sur lesquelles ce message s'appuie. Haï de Dieu, voué dans l'au-delà au destin des plus funestes, cet infidèle ne mérite aucune miséricorde de la part des croyants. Dès lors, on voit mal comment toute démarche de paix à son égard peut être autre que simplement tactique, quand les circonstances l'exigent.

Quand les salafistes prennent ce portrait au sérieux, comment les dissuader de s'engager dans des luttes sans merci contre ce qui est pour eux l'incarnation du mal ? Il ne suffira pas de quelques bonnes paroles, qui risquent fort de conduire ceux qui les prononcent à se voir rangés à leur tour dans la catégorie des mécréants.

C'est tout l'imaginaire de l'islam, des conditions où il a pris corps, qui demande à être interrogé, en cherchant à juger l'arbre à ses fruits.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire