Une multiplicité de religions a donné une forme historique à ces vérités ontologiques. Chaque religion fournit l’habillage daté d’un fonds immémorial de savoirs immanents : nous sommes inscrits dans un cosmos qui nous dicte sa loi comme au restant de l’Univers.
Il a fallu croire que l’homme était le sommet de la création pour imaginer qu’il disposait d’un statut d’extraterritorialité ontologique lui permettant de croire, faussement, que ce qui concernait le vivant ne le concernait pas, lui, de la même manière. La pierre obéit au cosmos, la plante, l’animal aussi, bien sûr, mais pas l’homme, qui, parce qu’il serait doué d’intelligence, de raison, donc d’une âme conçue comme un fragment détaché de la divinité extérieure à sa création, voudrait sans être voulu.
Une partie de l’histoire de la philosophie a tenté de justifier cette extraterritorialité – les idéalistes, les spiritualistes, les dualistes, les chrétiens, évidemment.
Mais une autre partie de l’histoire de la philosophie a bien dit et vu que le réel était un et non double, qu’il était matériel et non animé par de l’invisible, que le libre arbitre était une fiction, que la possibilité de vouloir librement, et donc de choisir, relevait d’un désir, d’un fantasme, mais sûrement pas de la réalité. Ces philosophes ont vu le cosmos tel qu’il est : non pas un réservoir de fictions, mais un monde obéissant aux mêmes lois que l’infiniment petit.
Le paysan, l’agriculteur, l’horticulteur, l’apiculteur, le marin, l’éleveur, le vigneron, le cultivateur, le fermier, le campagnard, le sylviculteur en savent plus sur le monde que le philosophe qui, bien souvent, ne connaît de lui que ce que les livres en disent.
Michel Onfray - Cosmos
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